Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Valréas 12 juin 1944 - 53 fusillés

temoignages

Valréas le 12 juin 1944 et le Lieutenant Helmut Demetrio

20 Janvier 2023, 16:46pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Citadelle de Pont-Saint-Esprit, fin avril ou mai 1944. Autour du sous-lieutenant Demetrio, commandant en second de la 8e compagnie, des légionnaires français.

Citadelle de Pont-Saint-Esprit, fin avril ou mai 1944. Autour du sous-lieutenant Demetrio, commandant en second de la 8e compagnie, des légionnaires français.

Helmut Demetrio, Professeur de musique dans un collège en Allemagne année 1958/1959

Helmut Demetrio, Professeur de musique dans un collège en Allemagne année 1958/1959

Helmut Demetrio (le premier en partant de la droite) Année 1958/1959

Helmut Demetrio (le premier en partant de la droite) Année 1958/1959

Le 13 février 1951, s'ouvre devant le tribunal militaire de Marseille, le procès du massacre de Valréas. Parmi les accusés au nombre desquels figurent Schwinn, Sohn et Henrich, Demetrio est seul à comparaître.

Face à ses juges, l'accusé s'en tient à ses déclarations au cours de l'instruction. Il n'est en rien impliqué dans l'exécution, clame-t-il, avant de revenir sur ses faits et gestes à Valréas le 12 juin 1944. Vers 13 heures explique-t-il, son groupe et lui ont été pris à parti par des maquisards alors qu'ils s'apprêtaient à attaquer. A l'issue d'un bref engagement, ils ont capturé 10 à 12 hommes, qu'ils ont emmenés à Valréas et remis à un officier.

Demetrio s'est rendu à l'hôtel de ville sur ordre du capitaine Träger. « Je me suis installé à la mairie, déclare-t-il, et ai reçu une quinzaine de personnes, certaines pour faire des dénonciations.

D'après Demetrio il a entendu des premiers coups de feu alors qu'il se trouvait à la mairie... , de ce fait il ne se trouvait pas sur le lieu de l'exécution.

Pourtant !

Au début de l'instruction, fin 1949, un témoin capital Gehrard Blanck, ex-chef du PZ.Aufkl.-Abt9, dont l'implication dans l'affaire a été écartée, livre plusieurs témoignages embarrassants pour Demetrio. Blanck avait rejoint sa compagnie, stationnée à environ un kilomètre de là, pourdonner l'ordre de départ et traverser la ville. C'est alors qu'il avait constaté, passant à proximité de la maison Clarice (le Mur des fusillés actuellement), que six à huit hommes gisaient à terre. Le « capitaine et le « lieutenant » étaient sur place (parlant ainsi du Lt Demetrio). Par la suite Blanck est revenu sur sa déposition, ne reconnaissant pas Demetrio lors d'une confrontation devant le Capitaine Cruciani du Tribunal militaire.

Mais un détail vestimentaire signalé par Blanck, mentionnant des feuilles de chêne de la division « Brandebourg » que la manche du « lieutenant » surexcité qui réclamait des représailles ne fait que renforcer les soupçons sur Demetrio, même acquitté par la justice. A noter que cette distinction sur les manches « feuilles de chêne » était porté par d'autres unités allemandes, mais aucune autre formation de cahsseurs à Valréas à l’exception de la « Brandebourg » n'était présente.

 

Lors de cette instruction de ces crimes de guerre perpétrés par la 8e Compagnie « Brandebourg » dans le Sud de la France et concernant Valréas, un témoin capital aurait pu être entendu.

 

Extrait d'une lettre datée du 5 octobre 1950

De Jeanine Talmon écrite de Paris à Émile Bouchet, l'un des quatre rescapés du massacre du 12 juin.1944.

(…) Je tiens pourtant à vous préciser une chose que vous ignorez peut-être, car, au moment où cela se passait, vous étiez, hélas, allongé le long de ce mur d'horreur dont le souvenir ne pourra jamais s'effacer en moi. Après vous avoir fusillés sous mes yeux, j'étais en effet devant l'hôtel où les Allemands avaient établi leur P.C. À ce moment-là, je reçus l'ordre d'un officier allemand de monter à la mairie, prévenir que l'on interdit à la population de descendre en direction du lieu d'exécution. Montant donc vers la place de la mairie, j'ai rencontré l'abbé Gertoux à qui je demandais de descendre et de demander l'autorisation de bénir tous ces pauvres corps torturés.

Redescendant au P.C. allemand, monsieur l'abbé vient à moi, le visage défait, me disant que quelques-uns parmi vous remuaient encore et de faire quelque chose. J'ai alors parcouru la longue file de ces 46 corps allongés et n'ai pu constater la chose. Je suis revenue vers les Allemands et ai entrepris de discuter avec un grand lieutenant qui parlait assez bien le français. J'appris alors, ce que beaucoup de Valréassiens n'ont jamais su, les corps devaient être ramassés sur des camions amenés là exprès par les Allemands, menés en campagne et incinérés. Je ne peux vous dire toutes mes pensées, toutes mes angoisses.

J'ai entrepris alors une lutte d'adresse et de mensonges qui a duré près de deux heures. La chance m'a favorisée, car le lieutenant allemand était un frontalier voisin de Belfort (où j'habitais avant la guerre). Connaissant bien le régiment (188ème d'artillerie) où mon mari était capitaine.

L'histoire est ainsi, de témoignages et d'autres oubliés, de persévérance à rechercher ce que d'autres ont occulté par négligence ou par volonté.

Qui était Helmut Demetrio avant d'être un militaire dans l'armée allemande ?


 

Helmut Demetrio est né en Saxe, en 1911. Diplômé de droit, il enseigne les langues et la musique avant son incorporation. Il parle correctement le français.

Nous le retrouvons après guerre, puisque condamné le 10 avril 1951 par le Tribunal militaire de Bordeaux (pour d'autres faits similaires) à 10 ans de réclusion. Il a sans doute été libéré au plus tard au printemps 1953.

Effectivement en 1958/1959 il est présent dans un collège en tant qu'enseignant, professeur de musique, ainsi que bien attablé avec des amis (photos).

Poursuivant nos recherches sur les événements du 12 juin 1944 à Valréas (Vaucluse), nous avons pu lire dans un livre intitulé : The World of Our Childhood – Memories of World War II - La Guerre de notre enfance - Souvenirs de la seconde guerre mondiale de l'auteur Wolfgang W.E. Samuel, le témoignage de la fille de Demetrio Helmut.

Il apparaît dans son témoignage de 7 pages, un passage contestable au vu des pièces que nous détenons et relatées dans le livre Valréas se souvient page 140 « Helmut Demetrio ».

Dans son témoignage Régina Demetrio raconte que son père a été condamné à mort et disgracié à la prison à vie. Totalement faux.

Afin d'étayer mes recherches, je contacte par mail l'historien Karl Heidinger auquel depuis 2004, j'échange divers renseignements sur cette période du 12 juin 1944.

Sa réponse : pour cette nouvelle. Je n'avais pas eu connaissance de ce livre. Il raconte la vie de 27 enfants pendant et juste après la guerre. Sur Regina Demetrio, fille de Helmut Demetrio, ce que je pouvais lire, me suffit. La famille a vécu à Keimsdorf près de Zwickau et a déménagée en avril 1954 à Karlsruhe. Regina raconte que son père a été condamné à mort et disgracié à la prison à vie, c'est faux. 

Voilà l'importance des recherches et de se soucier à comparaître d'autres recherches, d'autres écrits, d'autres témoignages, afin que l'on puisse apporter une vérité au plus juste et non de se contenter d'une première lecture, qui par les années qui passent soit-elle véridique pour l'auteur, mais bien souvent incomplète. On ne refait pas l'histoire, on la consolide.


 

Sources : Livre Sanglante randonnée – Olivier Pigoreau – Recherches Internet – Correspondances Karl Heidinger (Historien)


 

Voir les commentaires

L'activité des Paysans pendant la période du Maquis

2 Juillet 2022, 14:59pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

 Photographie Famille Mireille Ferlay  -  Émile Ferlay devant la ferme de ses parents, route de Taulignan (26), en 1943. Fusillé le 12 juin 1944 à Valréas (Vse), il avait 19 ans.

Photographie Famille Mireille Ferlay - Émile Ferlay devant la ferme de ses parents, route de Taulignan (26), en 1943. Fusillé le 12 juin 1944 à Valréas (Vse), il avait 19 ans.

N'oublions pas tous ces paysans qui ont ravitaillé les divers maquis, pendant cette période de l'occupation allemande.

Ils hébergeaient et nourrissaient tous ces jeunes réfractaires du service du travail obligatoire (STO) en prenant des risques consi­dérables pour leur famille et eux-mêmes.

Marius Monnier de la Côte, faisait partie de ces nombreux paysans courageux.

Je soussigné Amédée Tena, né le 13 août 1908, à Montségur-sur-Lauzon (Drôme), ex-chef du Secteur « Sud Drôme » de la Résistance Mouvement A.S., expose et atteste ce qui suit : dans mon secteur « Sud Drôme » le mouvement est parti de Valréas et du « Comité directeur » clandestin mis en place par moi-même, dès le début de 1943.

Dans ce comité, M. Groener Jacques était responsable du ravitaillement de nos maquis (Lance, Estelon, Sainte Jalle – 50 réfractaires le 5 mars jusqu'à 245 fin 43). Il a lui-même prospecté les fermes de la région et créé des centres de ramassage : à Saint Paul Trois Châteaux chez Sourdon, à Valréas chez Monnier, à Taulignan chez Gras Louis (arrêté avec sa femme le 20 janvier 1944, mort en déportation)

J'affirme par ce nouveau certificat que Monnier Marius est resté un membre actif et militant de la Résistance depuis le début de 1943 en collectant du ravitaillement (y joignant sa large part gratuitement) et en hébergeant des réfractaires.

Il convoyait lui-même ce ravitaillement toutes les semaines avec son cheval et sa jardinière jusque chez notre ami Louis Gras de Taulignan, qui lui-même la nuit l'acheminait vers les maquis (...)

 

 

Voir les commentaires

"j'ai fait ce qu'il fallait faire"

16 Mai 2022, 15:30pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Juifs réfugiées à Bollène

 

Témoignage de Rose et Édith , adressé à Floriane Lambert, nièce de la famille Devès (voir La lettre des frères Devès ) Oui, nous sommes des survivants de l'Holocauste. Notre histoire est différente. Nous n'avons pas de numéros tatoués sur les bras, comme la plupart des survivants, mais notre histoire est bien conservée dans nos esprits et nos âmes. Nous allons essayer de vous décrire notre vie durant l'Holocauste, mais parce que depuis le temps a passé, nous allons omettre certains détails.

 

Notre famille vient d'une petite ville en Pologne, Krynki, près de Bialystok. Nos parents sont diplômés de l'école secondaire. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, ils ont tout laissé derrière eux et ont couru profondément en Russie, afin d'être loin de la guerre. C'est là que Rose et moi-même sommes nées dans Twer, entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Nous sommes retournées en Pologne en 1921 à Lodz, la deuxième plus grande ville de Pologne. Le père était un industriel, une mère au foyer, à la fois très impliqués dans les organisations civiques et charitables. Tous les deux nous ont assistés et nous sommes diplômées de lycées privés, comme les Juifs n'ont pas été acceptés dans les lycées publics. (…)

 

Nous sommes arrivées a Bollène vers la fin de mois de Juin ou au début de Juillet 1940. Avec nous était la famille Sapir, le père, la mère, leur fille Esther et le fils Lutek. (…) Les soldats polonais nous ont suggérés d'essayer d’aller à Bollène dans le sud de la France dans le Vaucluse, comme l'armée polonaise y était stationnée, et les gens étaient très gentils avec eux. Il y avait deux voitures pour deux familles, deux chauffeurs, mais il était nécessaire qu’une personne parle le français. Nous étions avec la famille Sapir , arrivés sains et saufs à Bollène partageant la maison de la famille française Devès louée à Sapir, des gens très gentils et très serviables. (…) Les gens dans le village de Bollène étaient très sympa, même la police étaient très gentilles. Mais le 26 Août 1942, vers 2h30 du matin, le chien a commencé à aboyer . Les gendarmes avaient une ordonnance rendue par le bureau du gouverneur d'Avignon, de tous nous arrêter pour la déportation. Une copie de cette ordonnance est maintenant exposée au Musée de l'Holocauste l'Illinois et de l'éducation Centre à Skokie. (…)

 

Notre hôtesse, Mme Devès, réalise la situation , elle pousse Rose et Esther dans sa chambre et la ferme à clef la porte. Moi, j'ai eu une opération de l’appendicite dix jours avant et j'avais un certificat du docteur qu'on ne peut pas me bouger ou transporter. Le fils de Sapir 16 ans fut pris. Il s'échappera du camp des Milles et entrera dans la clandestinité jusqu'à la libération. Nous avons quitté Bollène en cachette. Rose et Esther en voiture conduite par monsieur Valabregue , madame Sapir et moi, pour nous diriger à Perpignan , pour ensuite passer par les montagnes en Espagne. Le guide qui a pris l'argent et devait nous accompagner dans le passage vers l'Espagne nous a dénoncé. On nous a mis en prison. Heureusement pour nous, car quand nous étions en prison on a déporté toutes les femmes et les enfants du camp de Rivesaltes. Après on nous a transporté au Camp de Gurs. La vie était terrible dans les camps et on avait toujours peur d’être envoyé en Allemagne ou en Pologne et on avait toujours faim. Au mois d'avril 1943 on a fait courir le bruit d'une possibilité d’être libéré du camp avec l’autorisation du Préfet de Vaucluse à Avignon. Mme Devès est allée voir le Préfet et lui a assuré que nous ne serons pas a la charge de l'État. Rose et moi nous fumes libérées du camp de Gurs , le 13 Avril 1943. Nous sommes retournées a Bollène a la maison Devès , mais nous n'avons pas dormi a la maison parce que les Allemands venaient souvent a Bollène. On passait la nuit chez Paulette, son mari était un prisonnier de guerre. Monsieur Devès a construit une sortie derrière la maison , pour que nous puissions nous échapper dans les bois en cas que les allemands viennent nous chercher.

 

Une chose que je peux dire c'est que la famille Devès prend une grande place dans nos cœurs. Je me rappelle pendant notre visite en 1980 a Bollène on a dit à Monsieur Fernand Devès que nous étions venues pour le remercier encore une fois et sa réponse : "j'ai fait ce qu'il fallait faire" il était très modeste"

Voir les commentaires

Allocution de Charles BORELLO, le 12 juin 1946, Maire de Valréas

20 Avril 2022, 08:49am

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

                           Toile peinte(2mx1m5) offerte par Bernard Merle                             à l'association( 2004) 

 

Allocution intégrale prononcée le 12 juin 1946 par Monsieur Charles BORELLO, Maire de Valréas

Père de BORELLO Charles, fusillé le 12 juin 1944 à Valréas

 

Le Secrétaire Général,

Mesdames, Messieurs,

 2 ans se sont écoulés depuis cette horrible journée. Deux ans déjà... Deux ans pas plus...

Je tiens, avant de continuer, à remercier de façon toute particulière, Monsieur le Secrétaire Général remplaçant le Préfet, qui a bien voulu être parmi nous afin de participer plus intimement à la douleur Valréassienne.

Deux ans sont passés depuis notre ultime sacrifice . On pleurait le 12 juin 1944, avec la fierté dans l'âme, car on espérait que le don de vôtre vie rendrait la nôtre plus belle et plus heureuse.

Aujourd'hui, on pleure, tout simplement....

O, vous que nous avons perdus, votre union dans la mort n'a pas servi d'exemple, pas plus aux Français, qu'aux Valréassiens, et n'a été, malheureusement que le point de départ d'ambitions qui se sont réalisées pour quelques uns.

Je ne veux pas faire l'historique de la journée du 12 juin. La population Valréassienne a suffisamment vécu ces heures où les hordes envahissaient la ville, alors que les responsables de sa défense fuyaient dans les bois abandonnant la population.

Mais ils étaient là, eux, face au mur, à attendre leur mort, alors que les grands fautifs de cette affreuse journée étaient à ST PIERRE en train de manger pour vivre, afin que la France ne meurt pas, sans doute...

Oui, chacun a vécu ces heures tragiques de différentes façons. Chacun se les rappelle avec diverses réactions selon ses sentiments, que je ne veux pas juger... Mais je veux toutefois que tous sachent ce que je pense, c'est à dire et chaque Valréassien le sait, que cette entreprise a été une folie, dont la population a payé et paye encore la sanglante facture.

L'occasion m'est donnée d'adresser des félicitations. Je les présente à tous, car tous les Valréassiens présents ont fait leur devoir, selon leurs moyens et leur situation. Leurs noms resteront à jamais gravés dans nos mémoires.

Sur cette pierre de France encore voilée, à côté des noms des victimes du 12 juin le Conseil Municipale a voulu faire figurer les noms de tous ceux qui ont donné leur vie pour la patrie, de tous ceux morts les armes à la main, en captivité, en déportation, en service commandé, de tous ceux, en un mot, victimes de la guerre et du nazisme; de ces deux fléaux qui, conjugués, ont semé pendant 6 ans la ruine et la mort sur le monde.

Chers héros, chers martyrs, pendant 6 ans, vous avez souffert, lutté, et l'un après l'autre, vous avez l'ultime don de votre vie.
Malgré les apparences, je me refuse de croire que votre sacrifice sera vain.

Le bon sens français, reprendra le dessus, et pour l'union de tous, la France redeviendra belle et prospère.

Document : Archives nationales de Paris 72/A9/201 -A.2.II C

 

Voir les commentaires

Témoignage d'un soldat allemand

5 Février 2022, 18:10pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Témoignage d'un soldat allemand

Ce 12 juin 1944, Valréas subissait les représailles des unités allemandes. Emil Bauer, soldat de la Wehrmacht faisait partie de l’une de ces unités. Il aura été l’un des seuls à reconnaître des actes inqualifiables perpétrés dans cette commune, mais aussi tout au long du parcours sanglant de ces unités qu’ils qualifient certaines de bandits.

Devons-nous occulter son témoignage, qu’il fera parvenir après-guerre à l’association des familles de fusillés de Valréas ? Devons-nous ne pas prendre en compte sa lettre adressée le 06 juin 1969, à Jean DUFFARD, maire de Valréas ?

Il est une histoire qu’elle soit si dramatique, que ceux qui y ont participé ne peuvent par la suite qu’apporter leurs témoignages sincères, même si certains n’ont pu faire autrement que de subir des ordres de guerre sans pour autant être comme d’autres des tortionnaires. Les représailles, massacres, tortures ne peuvent être loin de là, excusés. Malheureusement, pour Valréas et bien d’autres massacres, les « chefs commanditaires » sont passés bien souvent hors des condamnations, seuls quelques sous-fifres ont été condamnés.

D’un autre côté, nous avons aussi des personnes enrôlées dans la Milice, la Gestapo, l’unité Brandebourg et les bons collaborateurs auxquels on ne peut pardonner et pourtant combien se sont glissés à travers de susceptibles condamnations. Mais combien d’autres, femmes ou hommes, ont été condamnés sans un jugement digne ?

Non, nous ne sommes pas à même d’interdire la parole des uns et des autres, si ce n’ait d’essayer de comprendre le pourquoi du comment.

La haine des uns ne doit pas entraîner la haine des autres.

 

Témoignage d’un soldat allemand de la tragédie 12 juin 1944 à Valréas

 

Le soldat Emil BAUER, né le 31 juillet 1914, soldat fantassin dans la 7ème compagnie, 2ème bataillon, 10ème régiment panzer grenadier, 9ème division blindée.

 Cet homme, comme tous les hommes de ces guerres infidèles, appartenait à une division allemande qui s’est vu projeter vers notre ville meurtrie. Son témoignage que nous avons recueilli, serait une confession en soi, un pardon de toutes ces atrocités de nombreux militaires engagés dans cette atrocité de guerre.

« Le soldat ne devait jamais avoir de temps pour lui afin qu’il ne puisse pas avoir  d’idées stupides sur ces guerres insensées »

 J’appartenais à un commando éclaireur. « A Tarascon les commandos éclaireurs durent descendre du train. De là, partait une ligne vers Nîmes. Tel était notre but.

Ici c’était différent de la Russie, ici, on pouvait se faire descendre n’importe où.

Nous faisions des raids contre les Résistants dans la Vallée du Rhône et dans les montagnes. C’était un chapitre triste.

Les principales zones de résistances étaient Valréas et Privas. Là, se trouvaient les principales bases du maquis. A partir de là, ils menaient des attaques contre les troupes allemandes.

Les Départements de l’Ardèche, du Gard, du Vaucluse et de la Drôme garderont éternellement le souvenir effroyable du 10ème Bataillon de Chasseurs.

 Pendant leur trajet, les gars me racontèrent leurs derniers combats.

Comment, ils pouvaient exécuter les prisonniers, qu’ils soient coupables ou non coupables, ou bien piller et incendier les maisons.

C’est pourquoi lors de ce trajet  je ne présageais rien de bon.

 A Valréas, ils avaient rassemblé des jeunes et des moins jeunes. Ils étaient debout ; le visage contre le mur et ils furent fusillés par le 1er bataillon.

Les morts restèrent là, comme une splendide illustration de la culture Nazi !

 Nous étions une foule débauchée. Nous ne faisions jamais de prisonnier, tout le monde était fusillé.

Nos expéditions ressemblaient à des expéditions du diable.

L’effroyable tournée de la 9ème division blindée, dans le Sud de la France était terminée.

Extrait du témoignage du soldat Emil Bauer détenu par l’association des Familles de Fusillés de Valréas (Vse)

 

 

 

Voir les commentaires

Valréas dans la tourmente de sa position de résistance

23 Janvier 2022, 15:41pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Kiosque et place de la Mairie - Valréas

Kiosque et place de la Mairie - Valréas

En Drôme-Sud, il y a trois points principaux autour desquels s’organisent les maquis F.T.P. : Nyons, Die, et Buis-les-Baronnies

A Nyons, c’est Albin VIHLET qui constitue le premier Comité de Résistance , avec entre autres Maurent Félix, Bayet Henri, Barnouin Falvien, Faure, Buffaven Joseph, sous la présidence du docteur Bourdongle, ainsi que le Pasteur Bonnifas et le curé Correard.

Valréas étant enclavée dans la Drôme, la résistance locale se voit d’être rattachée à celle de Nyons, mais aussi à l’Armée secrète (A.S.) dont le Pasteur Seignol dirige un maquis A.S. sur la montagne de La Lance ainsi que celle du secteur de Montségur/ Lauzon sous le commandement de Tena….. A.S.

De part cette situation géographique, Valréas se voit retirer du département de Vaucluse dans ses engagements de résistance, ce qui par la suite laissera une amertume dans sa reconnaissance d’une ville martyre où 53 de ces enfants, furent fusillés, n’appartenant ni à la Drôme, ni au Vaucluse, laissant bien des cérémonies commémoratives d’une absence d’autorités civiles, comme présents et plus importants au niveau de la Région, du Département, voire d’élus locaux participant aux cérémonies de Sault  dans le Vaucluse ou d’Izon-la-Bruisse dans la Drôme

La venue du Commandant Legrand (de Lassus-Saint-Genies) va changer les rapports entre les groupes F.T.P . et A.S.

Alors que je lui expose (Capitaine Paris FTP), le dispositif mis en place à Buis, arrive Monnier de Valréas, qui vient me demander au nom du Lieutenant Georges, commandant la place, des renforts pour tenir la ville (1)

  • Je regrette, répond Laurent, commandant le 1er régiment Drôme F.T.P.F., mais Valréas ne fait pas partie de mon secteur, de plus, elle est située trop près de la plaine pour qu’une telle éventualité puisse être envisagée avec les moyens dont on dispose. Enfin, ce n’est absolument pas la tactique des F.T.P. basée essentiellement sur la guérilla. Toutefois, j’enverrai une mission de liaison.

Monnier sorti, Laurent me fait remarquer que ce genre de choses risque d’amener des emmerdements (sic).

Dans la soirée, ainsi qu’il avait promis, Laurent désigne une mission pour Valréas . Elle est composée, du Lieutenant Fifi (Fajardot), de Serge, de Renzo, de Claude (Chaze) et de Louis le chauffeur.

Dans l’après-midi (10 juin 1944), la mission Fajardot arrive à Valréas. Claude est envoyé pour prendre le commandement d’un groupe qui tient barrage sur la route d’Orange.

Cependant qu’un autre barrage tenu par le groupe Coulouvrat (A.S.) est mitraillé par deux avions, un des membres du groupe, Roger (Chaiffre), réfugié de Marseille chez Coulouvrat père un paysan des environs et qui a rejoint les F.F.I. la veille, prend le F.M. et tire sur un des avions, debout au milieu de la route. Cette action présentée comme un « acte héroïque » relève plutôt de l’inconscience, incitant évidemment les Allemands à revenir en force.

Dans la journée, Monnier qui jusque-là faisait partie du dispositif A.S. portait un brassard « A.A. » (Armée Alliées), revient avec un nouveau brassard portant le signe F.T.P.F. et réunit un groupe composé de Genot qui en est le chef, Coutton, Veyrenc, Barthelémy Raoul et Antonin, Vard Claudius et Henri, Brocheny, Cheyron, Gaillard et MancellonPierre, Paul et Antonin.

Bouchet qui commande un autre barrage et quelques autres, troqueront leur brassard contre celui des F.T.P.F. Le lendemain 11 juin, Armand prend à nouveau contact avec le Lieutenant Georges.

Le 12 juin, Armand part à moto de Suze-la-Rousse pour avertir le commandement de Valréas de l’arrivée d’une colonne composée de camions et de voitures blindées. Après avoir traversée Bollène, elle se dirige vers Valréas. Au passage il prévient Bouchet qui tient un barrage route de Beaume et se rend au P.C. N’y trouvant pas le Lieutenant Georges il part pour Taulignan où il contacte enfin, sur une position dominant le village. Le Lieutenant Georges et son adjoint le Lieutenant Oudot, décident le repli sur Valréas.

 

(1) Nous comprenons dans cette demande que les effectifs des maquisards est loin d’être en nombre pour tenir les divers barrages de la ville.

 

Voir les commentaires

Dans cet amas ensanglanté de résistants et d'otages, cinq corps respirent encore.

11 Octobre 2021, 14:04pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Toile Bernard MERLE Offerte à l'association des Familles de Fusillés

Toile Bernard MERLE Offerte à l'association des Familles de Fusillés

Émile Bouchet se trouve dans les dix derniers. Il est attaché à un grand gars qui s'appelle Jean Veyrenc. Lorsque celui-ci s'écroule, touché en pleine nuque, Bouchet est légèrement déséquilibré, au moment même où le S.S. tire sur lui. La balle le frappe sous l'omoplate droite et ressort à la base du cou, du côté droit, faisant une déchirure de quatorze centimètres, mais ne touchant ni la colonne cervicale, ni la trachée, ni le larynx, ni la carotide.

Joseph Coutton, camarade d’Émile Bouchet, n'a pas été tué par la balle qui lui a traversé la tête, ouvrant un trou béant dans son palais. Gratien Soureillat, commerçant ambulant en bois et charbons, pris comme otage, a été atteint de trois balles, une dans l'épaule, deux dans la poitrine, dont aucune mortelle. Auguste Mary, récupérateur de métaux et de chiffons, otage comme Soureillat, a échappé aux projectiles. Son frère Gabriel, auquel il était lié par le poignet a été tué sur le coup et s'est écroulé, l'entraînant dans sa chute. Auguste Mary a perdu connaissance. Quand on le découvre, sous le cadavre de son frère, il n'a aucune égratignure ! Alfred Buey, imprimeur, a pris une balle dans la cuisse. L'artère fémorale sectionnée, il s'est lentement vidé de son sang. Lorsqu'on s'approche de lui, il respire encore faiblement.

En hâte, avec mille précautions, on transporte les cinq survivants dans un garage appartenant à M. Barthélémy. Mais on s'avise soudain que les Allemands ont dû faire leur compte de leurs victimes. (…) Ils seront remplacés par cinq corps d'otage ou résistants tués en ville ou en campagne.

Dès lors, le compte est de nouveau exact, on peut transporter les survivants à l'hôpital. Ils y reçoivent les soins d'un médecin. Pour Alfred Buey, hélas ! Il est trop tard. Il s'éteint doucement. Mais les quatre autres sont sauvés.

Ordres inhumains – Simplicité des obsèques.

 La Municipalité décida qu'une messe basse serait célébrée sur le parvis de l’Église et que les corps seraient transférés au cimentière, la foule étant admise à faire la haie le long du parcours. A 15h arrivait un ordre impératif émanant des autorités allemandes, invitant M. le Maire à surseoir aux obsèques. Elles auraient lieux le 15 juin à 6h30. Il était absolument interdit à la population et même au Conseil Municipal d'y assister. Seuls y étaient autorisés les membres directs de la famille. Les malheureuses victimes étaient assimilées par les boches à de criminels et bafouées jusqu’après leur mort.

Les cercueils furent transportés sur 7 charrettes plates, sans service d'ordre, accompagnés seulement des familles, du Maire et de ses deux adjoints. Dans la journée, malgré la consigne imposée par l'ennemi, les tombes fraîchement couvertes furent ensevelies sous les fleurs et les jours suivants une foule considérable défilait devant elles.

 

Voir les commentaires

Résistance en Haute-Loire

31 Août 2021, 12:12pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Voir les commentaires

On ne refait pas l'histoire, on la consolide

27 Février 2021, 11:34am

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

On ne refait pas l'histoire, on la consolide

En pleine période des cérémonies de la commémoration du 75ème anniversaire de la Libération du territoire français, il est de coutume de s'interroger sur cette histoire du passé et d'accorder cette libération à nos alliés, sans oublier les combattants volontaires de la Résistance Française.

Faut-il comprendre dans cette période de libération que sans l'appui de la Résistance, rien n'aurait pu valoir une telle victoire, par le sacrifice inévitable dans cet engagement de guerre, de nombreuses victimes, militaires, combattants-volontaires et civils. Plus de 75 ans après, des recherches se poursuivent sur les fondements de ce passé peu glorieux pour nombre de français collaborateurs d'une France occupée et ceux qui par leurs engagements ont su reconquérir l'honneur de la France.

Historiens, archivistes, d'une commémoration à l'autre, apportent d'autres éléments méconnus ou peu des divers passages de cette seconde guerre mondiale.

Des éléments locaux ressortent ou sont étudiés en profondeur, laissant des interrogations sur des témoignages d'époques qui auraient pu être oubliés ou extrapolés sans en approfondir le sujet. D'autres témoignages s'affichent qui même s'ils se rapprochent aux événements passés peuvent être véhiculés vers une rédaction plus ou moins tronquée si ce n'est fausse. Le temps passe, les survivants s'éteignent au fil des ans, laissant derrière eux leur mémoire transcrite sur une page, de mots, de pleurs, seul regret pour nous lecteurs assidus de ces événements, de ne pas les avoir plus écouté , plus interrogé !

Même si le peu d'engagement a été mis en place pour résister, combattre, il ne faut surtout pas tomber dans l'extrême d'une histoire personnelle que l’on n’aurait pas vécu, mais se contenter du peu, une belle histoire de résistance, sans combat, mais avec la certitude d'avoir fait son devoir avec ses propres moyens.

L'un ne dit rien, l'autre raconte encore plus, soyons juste dans nos propos 75 ans après, et que ceux qui s'engagent à faire revivre cette période, dans leurs paroles, leurs écrits ne se laissent pas entraîner dans une situation non conforme à la mémoire de nos chers disparus. On ne refait pas l'histoire, on la consolide sans arrière-pensée.

Faut-il s'initier aux divers témoignages et documents, sans chercher à comprendre encore plus les événements qui se sont déroulés pendant la seconde Guerre mondiale, où la Résistance par ces groupes diversifiés a su montrer son devoir de libérer la France de son occupant ?

À force de lire depuis des années, d'entendre des témoignages de retrouver d'autres documents, et dont des archives inédites s'ouvrent laissant le doute sur certains textes écrits auxquels nous avons la seule connaissance. Par ces lectures, ces recherches approfondies, on est en droit de se poser des questions sur les différents actes mis en avant lors de cette période tragique de la seconde Guerre mondiale et encore plus sur la Résistance en générale.

Chaque lieu où celle-ci a été engagée, on se doit de comprendre les événements qui par la traîtrise, l'infiltration mais aussi par le « combat » entre maquis des diverses obédiences, dont les partis politiques présents et combattants, ont laissé des troubles, des manques, des oublis plus ou moins voulus !

À Valréas, nous avons depuis plus de 75 ans, cette interrogation sur ce repli qui n'aurait pas été transmis à un groupe de résistant le 12 juin 1944. Malgré certaines suspicions sur un Roger Ferrant ou Ferrautin, infiltré dans le groupe A.S. (Armée Secrète) rien à ce jour établi qu'il en est l'instigateur. On ne peut s'arrêter sur une accusation, sans que celle-ci soit confirmée par d'autres témoignages révélés. Il est vrai qu'à cette époque, le jugement, bien souvent sans tribunal ne peut que laisser un doute sur l'inculpation.

De nos lectures des divers ouvrages sur la Résistance, nous pouvons observer que des témoignages, des écrits sur cette période jusqu'à présent mis en avant, peuvent nous laisser interrogateurs !

Guerre et politique subsistent de se placer dans un conteste qui s'avère susciter des ambitions et de ce fait laissent à penser que même en temps de guerre, la politique se veut maître en la matière, apportant par ces diverses unités de résistants une entente plus ou moins comprise, si ce n’est « combative » pour se positionner après-guerre.

La liberté à un prix, bien des victimes en ont fait les frais, combattants ou civils, leurs sacrifices est loin d'une union de paix, mais bien le début d'une rivalité politique.

 

A paraître : 12 juin 1944 Valréas - l'ordre de repli et ses conséquences

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 > >>