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Valréas 12 juin 1944 - 53 fusillés

Valréas, mèmoire d'une période qui s'éteint

29 Avril 2019, 11:48am

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

En cette année 2019 , nous célébrerons de multitudes commémorations du souvenir.

75 ans nous sépare de ces engagements de Résistance et de Liberté. Résistance Française, sans oublier la résistance allemande qui fût la première victime  à être condamnée sévèrement.

Liberté d'un pays outragé, liberté des camps de concentration et d'extermination.

A l'heure où nombre de témoignages, d'écrits divers se font ressentir pour commémorer ces années noires, les témoins s'épuisent. Rappelons que pendant des années, rien ne filtrait dans les familles éprouvées par ces engagements de résistance et de déportation, voire de prisonniers de guerre. Il aura fallut attendre la génération des enfants et l'interrogation des petits-enfants sur cette période qui est devenue depuis immuable pour connaître et faire connaître.

Nombreux témoignages ont été recueillis dans des livres retraçant l'engagement des résistants, le refus du Service du Travail Obligatoire (STO), la déportation, comme à Valréas la tragédie du 12 juin 1944, mais combien de témoignages n'ont pas été répertoriés ?

Certes bien des hommes et des femmes ont participé à des actes héroïques, victimes ou témoins de drames monstrueux. Les années passent et on s'aperçoit au fil des temps , des écrits qui sortent au vu de la disparition des acteurs principaux de ces divers faits. Nous avons pu en contrer quelques uns, dont le mensonge ne pouvait nous laisser indifférent et que nous ne pouvions laisser dire. D'autres plus complexes et certainement ingénieux , seront malheureusement incontournables à démentir.

Nous savons maintenant !

D'autres encore s'accaparent l'histoire, leur histoire en oubliant peut-être par mégarde de citer ceux qui étaient proches de toutes ces tragédies. Ceux qui ont continué à se taire, et qui par pudeur n'ont pas voulu témoigner devant un public , dans un livre, mais qui ont fait tout autant ou étaient témoins de scènes affligeantes et inoubliables aux yeux de leur tendre jeunesse .

Nous rentrons dans la période d'une mémoire qui s'éteint, seule la transmission peut se poursuivre par ce que l'on pourrait appeler les « Passeurs de Mémoires » .

Associations qui ont œuvré pendant des années pour perdurer ce souvenir. Associations d'anciens déportés, internés, résistants et patriotes reprises par des associations plus jeunes, le relaie. Celles et ceux qui seront en charges de transmettre ces divers témoignages et documents pour ne pas oublier.

L'écrit reste, les paroles s'en vont, faut-il que ces écrits soient sincères et non entachés de « fautes ».

Michel REBOUL – Président des familles de Fusillés Valréas.  

Le kiosque, place de la mairie où fut rassembler la population valréassienne.

Le kiosque, place de la mairie où fut rassembler la population valréassienne.

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Valréas, Jean Gontier déporté de 1943 à 1945

25 Avril 2019, 13:56pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Jean GONTIER déporté de 1943 à 1945 (Struthof-Natzwiller / Bergen-Belsen / Neuengamme – matricules 3648/334/26121)

 

Témoignage détenu par l'association :

 

J'AI PLEURÉ TROIS FOIS

 

Mémoires de Jean GONTIER, de 1940 à 1945.                                                                                                                                                                         Déporté du 15 mars 1943 au 3 mai, je suis resté 40 jours TRAVAILLEUR LIBRE au titre du STO, 24 mois DÉPORTÉ

Il y avait à côté de chez nous à VALRÉAS, un petit état major français; après l'armistice en 1940 sont arrivés des militaires Italiens venus désarmer cet état-major; tous les gens du quartier étaient là, humiliés en silence; J'avais 17 ans, j'ai sifflé et injurié ces militaires étrangers, le Capitaine Français est venu me faire taire, mon père m'a fait rentrer à la maison, là, la rage au cœur, J'AI PLEURÉ...

A notre libération du camp de concentration de VOGLEDINE, après le passage de deux Américains est arrivée une jeep avec quatre militaires Français, d'où l'insigne tricolore; J'AI PLEURÉ...

Libéré début mai 1945, rapatrié par avion sanitaire le 5 juin 1945 à notre débarquement au Bourget, voir le sol de la FRANCE, J'AI PLEURÉ...(...)

Le 4 mai 1943, on nous a embarqué dans des camions gardés par des militaires armés en direction d'un camp. C'était le camp de la mort du STRUTHOF NATZVILLER !!!

En rentrant dans le camp nous sommes passés en revue par un officier SS qui faisait des va-et-vient devant nous en hurlant des paroles que nous ne comprenions pas et distribuant des coups de cravache, j'en pris un à travers la figure.

Ma première vision : des squelettes vivants, assis contre une baraque, essayant de casser des cailloux ; un homme un peu mieux loti qui tombait, se relevait en poussant une brouette.

A partir de là, douche, rasage des pieds à la tête, inspection au milieu des coups, des hurlements incompréhensibles des SS, on nous jette des vêtements de prisonniers et une paire de galoches, quant à nos vêtements et nos chaussures, tout, tout nous était enlevé.

De là, on nous transfère dans une baraque-dortoir ; on nous fait un discours en Français dans lequel on nous promettait la mort si o faisait ceci ou si on ne faisait pas cela, etc... après ce discours, avoir vu l'état des hommes qui circulaient dans le camp,je commençais à me poser des questions sur nos chances de survie (mon numéro matricule : 3 6 4 8 ).

Le matin et le soir, les SS procédaient à l'appel dans chaque rang, comptant et recomptant les hommes, distribuant des coups de cravache. A l'appel du matin, il fallait porter tous ceux qui étaient morts la nuit dans les baraques.

Nous avons été affectés à creuser les fondations du futur crématoire ; à cette époque, le crématoire se trouvait à l' extérieur du camp avec la chambre à gaz. Un jour, plusieurs camarades se sont évanouis sur le chantier ; en l'absence des SS, le Kapo (1) a permis à deux ou trois d'entre nous de les secourir ; une fois ranimés, ils ont repris tant bien que mal le travail ; il faut dire que nous étions interdits d'infirmerie.

Une autre fois , le SS qui passait avec son chien a trouvé que le travail n'avançait pas assez vite , il a envoyé le chien qui a mordu cruellement deux déportés. Journellement, nous étions frappés, humiliés et beaucoup mouraient sans soins, à bout de force.

La nourriture était la même dans tous les camps de concentration, mais distribuée différemment ; dans certains camps on donnait la moitié de la ration de pain le matin et l'autre moitié le soir ; dans certains autres, le matin juste la gamelle d'eau chaude noire dite « café » et le soir la ration de pain de la journée qui correspondait à environ 3 centimètres d'épaisseur d'un morceau de sucre, ou d'une cuillère de marmelade, ou rarement une tranche de boudin ou d'un genre de saucisse d'une épaisseur d'environ 3 millimètres, à midi une gamelle de soupe assez claire.

La place d'appel était en haut du camp ; sur cette place, il y avait une potence !

Dans les camps il y a avait une règle : accusé de sabotage, évadé repris, c'était la pendaison.

Pour une faute supposée ou simplement parce qu'un Kapo ou un SS en avait décidé ainsi, nous risquions 25 coups de bâton ou autre sur le dos.

J'ai vu des camarades qui semblaient prédestinés, ils se trouvaient toujours là lorsqu'il y avait des coups à prendre !!!

le 16 mai 1943 , je me trouve avec quelques déportés Français embarqué dans des fourgons cellulaires ; nous devions nous trouver à l'intérieur le double de la contenance maximale ; étant entré un des premiers, je me suis trouvé assis et j'avais la chance d'avoir au dessus de moi la grille d'aération ; nous étions serrés comme des sardines en boite ; j'étais coincé par le poids de ceux qui s'appuyaient sur moi ; on étouffait, certains appelaient au secours ; d'autres, évanouis restaient debout coincés par leurs camarades.

Dans la grande descente qui menait du camp à la gare de RHOBS, notre fourgon perd une roue ; nous voilà arrêtés, empilés, tous ceux qui le peuvent continuent à hurler, à appeler au secours ; pendant cette heure d'attente et d'affolement, un SS a ouvert la porte deux ou trois fois ; la première fois, on a pensé qu'il voulait nous donner un peu d'air, en fait, son intention était de nous faire taire, il frappait à coups de crosse dans le tas, ceux qui se trouvaient à l'entrée ont tous pris !

Nous sommes arrivés au camp de BERGEN BELSEN où nous étions environ 400 ;

j'avais le matricule 334

Le camp de BERGEN, à cette époque, était un vieux camp assez entouré de barbelés non électrifiés, nous occupions 4 baraques qui elles aussi étaient entourées de barbelés, ce qui faisait un petit camp dans un grand. Il y avait à l'entrée le camp SS, séparés par deux rangs de barbelés avec deux portails de barbelés au centre, au fond de la place d'appel il y a avait une auge de 5 ou 6 mètres avec 6 ou 8 robinets d'eau ; c'est là que nous faisions une toilette sommaire.

Nous étions affectés là pour remettre ce camp en état. Ce travail devait durer jusqu'au milieu de l'année 1944, fait de tragédies et de souffrances journalières dont quelques cas ci-après : rassemblement des Français pour l'appel sur une place boueuse ; aller-retour en courant, couché, debout dans la boue et les SS qui tapaient dans le tas, sans retenue ; j'ai pris ce jour là un coup sur la tête et sur le nez, plusieurs sur le dos, j'ai été étourdi pendant un long moment, j'avais le nez en sang !

Rassemblement des Français sur un rang, défile devant un SS, le camarade ROUCOUL qui se trouvait devant moi est retiré du rang, accusé d'avoir dit « merde » au SS, ce qui est complètement faux

. En rentrant le soir, nous le retrouvons à même le sol, les jambes écartées, les bras en croix, torse nu,couvert de bleus et d'hématomes, la tête et le nez enflés, couvert de sang, les yeux blancs. Il est méconnaissable, une bave blanche apparaît au coin des lèvres enflées. Il avait été frappé à coups de pieds et de crosse de fusil. Je pense qu'il ne s'est jamais remis de ses blessures.

Imaginez un tas de sable, des hommes portant une « drague » (genre de brancard avec une caisse au milieu) remplie de sable, aller la vider en courant 25 mètres, revenir en courant, la remplir, un aller-retour infernal avec des SS et des Kapos qui frappaient à tour de bras sur nous jusqu'à ce que nous tombions. Il faut se relever et recommencer jusqu'à épuisement complet ; J'ai vu à cet exercice, un Russe devenir fou !

A côté de ces actes de sadisme il y avait les petits chantiers dans le camp ; nous étions là pour aménager ce camp et installer un réseau sanitaire ; sur ces chantiers le travail était très dur, surtout pour des hommes ayant perdu la moitié de leur capacité (ceux qui étaient encore aptes) . Les coups étaient moins fréquents parce que les SS n'étaient pas là en permanence, mais dés qu'ils apparaissaient, les Kapos hurlaient et frappaient.Un jour j'ai été affecté, avec un Russe, au fond du camp à une baraque qui stockait des vêtements militaires SS, nous devions ranger ces vêtements sur des étagères (au premier abords, j'avais cru trouver un coin de répit) , nous étions gardés par un SS assis sur une table, il nous regardait avec mépris puis, sans raison, il se levait, hurlait comme un fou et nous frappait à coup de cravache, nous menaçait de son revolver ; puis recommençait !

Par chance le 3ème jour j'ai réussi à m'infiltrer dans un autre commando ; considéré comme un blessé, un Kapo indulgent m'a affecté à un tas de planches dont il fallait extraire les clous ; j'ai eu là quelques jours de répit, environ 15 à 20 jours.

Je passe sous silence tous les jours où j'ai été affecté sur les chantiers, à la pelle et à la pioche.(...)

A notre départ du camp de BERGEN-BELSEN, nous avons été remplacés par des familles entières : hommes, femmes, enfants, Juifs Hollandais.

Le 5 février 1944, j'ai été transféré au camp de NEUENGAMME dans la région de HAMBOURG ; j'avais le numéro matricule 26 121 ; j'y suis resté jusqu'au 16 avril 1944.

Ce passage à NEUENGAMME, était d'autant plus dur qu'à la faim, aux mauvais traitements, au travail très dur, s'ajoutait le froid ; certains parlaient de moins 20°.

Par deux fois on nous a fait lever en pleine nuit et tout le camp a défilé devant les cadavres de déportés évadés et repris, le premier était défiguré par les chiens.

J'ai eu dans cet enfer glacial deux passages de chance qui, je pense, m'ont permis de survivre.

Affecté à pousser des wagonnets, mal habillé, sans gant, je me suis retrouvé au bout d'environ quinze jours avec des mains et des doigts enflés, bleus que je ne pouvais plier.

On poussait les wagons avec nos épaules, mettant nos mains sous les vêtements pour essayer de les protéger. Un SS qui passait nous a frappé, injurié et obligé à pousser les wagons avec nos mains.

Le soir, j'ai osé me présenter à l'infirmerie, j'avais les mains gelées ; on m'a passé une pommade noire, entouré les doigts avec des bandages en papier et renvoyé sur le chantier. Il faut dire qu'à l'infirmerie on arrivait à vous faire un minimum de soins pour des blessures légères ; pour des malades ou des cas graves, il n'y avait pratiquement pas de remèdes et l'infirmerie devenait un mouroir pour ceux qui risquaient de provoquer des épidémies ou qui étaient devenus improductifs.

Le lendemain matin, j'étais contraint de me présenter à mon commando de travail ; j’aperçus alors un Kapo qui avait la renommé de ne pas être trop virulent ; je lui montre mes mains, il m'a pris par l'épaule et m'a changé de commando ; c'est là que j'ai eu à NEUENGAMME, ma première par de chance dans cet univers de désolation, de frustration, de mort sans défense ; je me suis retrouvé dans un baraquement où il y avait une majorité d'hommes malades, squelettiques, prés de la mort.

Le travail consistait à faire des tresses avec des bandes de chiffon, travail que je ne pouvais effectuer vu l'état de mes mains ; j'ai passé là quelques jours de repos à l'abri du froid et des mauvais traitements, quoique de temps en temps un SS passe et dans une crise de folie distribuait quelques coups. Puis on m'a renvoyé sur les chantiers.(...)

Le 16 avril 1944, nouveau départ ; transportés en train gardés par des SS, nous arrivons au camp de BEENDORF qui était une annexe ou commando du camp de NEUENGAMME.

Ce camp comprenait deux grands bâtiments en dur, ; on nous a affecté au rez-de-chaussée, le 1er étage étant occupé par des femmes déportées, le deuxième bâtiment a été occupé plus tard par des femmes.

La raison de notre présence à BEENDORF était la construction d'une usine souterraine dans une immense mine de sel ; cette usine devait comprendre 3 étages, le dernier le plus bas était à 400 mètres.

Je m'étais fait un ami à NEUENGAMME, un Lyonnais ROUVIERE. Le jour de notre arrivée, nous avons eu un contact immédiat avec deux jeunes Lyonnais arrivés précédemment, le plus jeune s'appelait PUDEVIGNE, j'ai oublié le nom du second.

Nous étions environ 600 Déportés, Russes, Polonais, Grecs et Français, ces derniers étant les moins nombreux.

Le lendemain matin à 6 heures, rassemblement sous les coups et les hurlements ; une cinquantaine de Déportés travaillant en surface, je me retrouve poussé par les Kapos, dans la masse de ceux qui descendaient à la mine. C'était un véritable bagne où les coups pleuvaient à longueur de journée.

J'étais affecté à une bétonnière, nous étions quatre diminués physiquement ; lorsque le surveillant nous quittait pour aller un peu plus loin, nous profitions de l'occasion pour mélanger au ciment bien plus de sable que la dose prévue.

Après 4 ou 5 jours, je réussi avec astuce à m'infiltrer dans les commandos de surface qui étaient le monopole des RUSSES. En plus de l'avantage d'être en plein air, nous étions moins bousculés et moins frappés ; ceci était dû à la circulation et à la vue des civils Allemands et d'étrangers, dont des STO Français.

Après avoir travaillé quelques jours à la carrière de graviers, j'ai été affecté avec 4 Russes à la gare pour décharger des wagons de briques destinées à la mine. A deux reprises, deux civils dont un Français STO ont réussi à me faire passer un gros morceau de pain que j'ai partagé avec les Russes ; à partir de ce jour là, on n'a plus essayé de m'évincer du commando.

Je ne saurais dire la date exacte, mais un matin nous avons eu la surprise de voir nos gardes SS remplacés par des militaires réservistes réformés de la DCA sauf 4 ou 5 jeunes en repos. Il restait en tant que SS : le Commandant des officiers, sous-officiers, quelques soldats qui n'étaient pas des plus tendre, mais leur rôle était surtout administratif.

Si les mauvais traitements s'étaient radoucis depuis l'arrivée de nos nouveaux gardiens, il n'en restait pas moins que les coups recommençaient de pleuvoir dans les rangs ou sur les chantiers lorsque les SS restants apparaissaient avec la complicité des Kapos et Forharberts par exemple.

  1. Le mot kapo désigne les personnes qui étaient chargées d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazi . Les kapos étaient souvent recrutés parmi les prisonniers de droit commun les plus violents ou parmi ceux dont la ruse ou la servilité avait permis de figurer parmi les anciens, en échappant provisoirement aux « charrettes » menant à l'extermination.

 

Note de l'auteur : (en fin de partie)

Vous qui avez lu ces quelques lignes d' un enfer dont on ne peut s'imaginer que cela a existé. Vous qui vous interrogez sur ces hommes maltraités , par d'autres qui n'ont que d'humain, leur enveloppe diabolique , pensez, oui pensez que ces êtres, le maltraité et le diabolique, peuvent resurgir et qui sait déjà exister dans d'autres lieux.

Pensez à réfléchir, pensez à tous ces meurtries dans leurs chairs et leurs âmes, et de tout faire pour que çà ne reviennes pas.

Réfléchissez bien avant de vous prononcer.

Valréas, Jean Gontier déporté de 1943 à 1945

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Journée nationale du souvenir de la déportation

24 Avril 2019, 08:39am

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Valréas le dimanche 28 avril 2019 à 11 h 00 devant le Monument aux Morts.

Sitôt arrivés au pouvoir en janvier 1933, Adolf Hitler et les nazis créent les premiers camps de concentration en Allemagne. Dachau est ainsi ouvert le 21 mars 1933. Y sont internés les opposants au régime, les "asociaux", tous ceux qui n'entrent pas dans les normes national-socialistes.

Avec l'expansion allemande en Europe puis la Seconde Guerre mondiale, le système concentrationnaire prend une autre dimension. À partir de 1941, il s'intègre en outre dans la mise en place de la "solution finale de la question juive". Les camps se multiplient, y compris dans les territoires annexés ou occupés : Mauthausen en Autriche, Auschwitz en Pologne, Natzweiler (Struthof) en France...

Nous nous devons de rester vigilant face à des actes autoritaires qui peuvent penser que notre passé est vite oublié !

 

Histoire d'enfants

(…) En parlant, Grand-père ébouriffe les cheveux d'Yves avec le plat de sa main gauche. Arnaud, placé juste à côté, voit comme une tache bleue sur son avant-bras, juste au dessus de la montre. Il y a plusieurs chiffres qui se suivent, on dirait un nombre. D'abord 1, puis 9, puis 0 et encore trois autres chiffres qu'il ne parvient pas à lire.

  • Grand-père, vous avez un tatouage sur le bras ?

Arnaud a dit « Grand-père » tout naturellement.

  • Oui, j'ai un tatouage sur le bras.

  • Et pourquoi ? C'est une drôle d'idée de se faire tatouer des chiffres.

  • Je n'ai pas choisi, mon garçon.

  • On ne vous a pas tatoué ces chiffres de force quand même ? Demande Yves.

  • Mais si, mon garçon.

  • Comme on le fait aux animaux ?

  • Exactement. Comme le bétail.

Joëlle et Mathieu ne participent pas à la conversation. Ils voient bien que Grand-père semble gêné tout à coup. (...)

Journée nationale du souvenir de la déportation

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Alfred Gaston Buey, lithographe - résistant

23 Avril 2019, 16:49pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

À mon Oncle Alfred Buey, lithographe, résistant, fusillé le 12 juin 1944 à Valréas (Vaucluse)

Valréas ville Martyre du 12 juin 1944

Depuis 75 ans, nous honorons nos morts, morts pour la France, qu'ils aient choisi de résister ou qu'ils soient otages loin de leur plein gré, c'est ainsi les guerres.

Dés le mois de décembre 1942, un premier groupe d'une dizaine de patriotes venus des cantons de Valréas, Nyons et Saint-Paul-trois-Châteaux se réunit autour du Pasteur Bonifa.

Ancien combattant de la Guerre 14-18, le Pasteur Bonifa est le maître à penser de ces hommes qui tiennent leurs premières réunions chez le Pasteur Seignol à Valréas, et qui se fichent pour première tâche d'aider les juifs pourchassés.

Ce premier contact avait aussi pour but de mettre au point une action effective et organisée de Résistance, en dehors des partis politiques. Ainsi naquit l'Organisation du Haut-Comtat avec à sa tête , Amédée Tena

En février 1943, cette Organisation adhère, par l'intermédiaire du Capitaine Descourd et du Lieutenant Arnaud de l'Armée Secrète (A.S.), constituée au plan national. Des informations parviennent de Vichy grâce au Capitaine Alazard, attaché au Ministère de l'Air, mais aussi de Londres via Souto qui s'est installé à Genève.

Un maquis de réfractaire au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) est organisé au pied de la montagne de la Lance, à la ferme Julliens. Dès le 5 mars 1943 une cinquantaine de réfractaires y a trouvé refuge.

La suite, nous la connaissons presque tous, un livre a été écrit par l'initiative des rescapés de la fusillade, édité en 5 éditions à chaque fois augmentées de témoignages.

Témoignages qui peuvent-être parfois contradictoires de part la position de repli qui n'est pas parvenu aux deux groupes de résistants de la route de Baume de Transit, contradictoire sur la présence d'unités allemandes, désignées comme S.S., alors qu'à ce jour nous avons pu les identifier et ce grâce à des correspondances avec un historien allemand Karl Heidinger. D'autres documents et témoignages sont restés dans les archives de l'association des Familles de Fusillés, découvertes après la disparition du dernier rescapé du 12 juin 1944, nous les avons lus, puis transcrites dans un livre « Valréas se souvient ».

Mais, nous apprenons encore aujourd'hui, nous recherchons encore 75 ans après, les responsables de ce massacre. Nos recherches se fixent sur la 8ème compagnie Brandenbourg, sur cet officier parlant bien le français, Demetrio Helmut. Nous recherchons aussi, le résistant André Roger Chaiffre, envoyé par le Parti Communiste de Marseille pour prendre le commandement des F.T.P.F. du canton de Valréas, loin d'être par les Communistes de Valréas reconnu en tant que tel. De nos recherches, nous avons pu avoir des renseignements précis sur cette personne, il nous reste à étayer sa présence à Valréas et son parcours de résistant qui lui valu la Médaille de la Résistance par décret du 15 octobre 1945. Qui était aussi ce Roger Ferrant, signalé comme agent de la Gestapo  dans le livre du 12 juin 1944 ?

Alfred Gaston Buey, lithographe - résistant

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Nous avions notre imprimerie clandestine à Valréas .

6 Avril 2019, 17:38pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Amédée Tena, résistant de la première heure, met sur pied dès décembre 1942 une organisation de résistance du Haut Comtat et du Nyonnais, créée hors partis politiques et coiffant des comités locaux à Valréas, Montségur, Taulignan et Le Pègue. La première réunion a lieu sous la présidence du pasteur Seignol. Une dizaine d'hommes y assistent venant des cantons de Saint-Paul-Trois-Chateaux, Valréas et Nyons, tous participant à l'aide aux juifs.
Une imprimerie clandestine installée à Valréas fournira de faux papiers est de fausses cartes d'alimentation aux persécutés.

Dans le secteur de Valréas, un groupe de l'Armée Secrète est constitué à l’initiative du pasteur Bonifas. Les réunions clandestines ont lieu chez le pasteur Seignol[1] : y participent Amédée Tena, industriel à Montségur-sur-Lauzon, Georges Guibal, le docteur Quet, Louis d’Isernia, imprimeur à Valréas, Louis Clarice, Robert Vigne, notamment.Ils organisent le passage à la clandestinité des réfractaires au STO. Louis d’Isernia imprime clandestinement (malgré le rationnement de l’encre et du papier) des tracts, puis de fausses cartes d’identité pour des familles juives réfugiées dans le nord-Vaucluse et dans la Drôme. Plus tard, après la Libération,Amédée Tena dira « nous avions notre imprimerie clandestine à Valréas » et « ces fausses cartes étaient plus vraies que nature ». Il faut souligner l’engagement de la communauté protestante dans l’aide apportée aux Juifs pourchassés par l’État français.

En février 1943, le groupe adhère à l’Armée Secrète (AS) par l’intermédiaire du capitaine Descours. Le chef de secteur est Amédée Tena.
Il participe à la création d’un maquis à la montagne de la Lance, puis propose un rapprochement avec les maquis organisés par les FTPF à la Lance également.
L’AS reçut ses 1ers parachutages en septembre 1943 ce qui permit d’améliorer les conditions de vie des réfractaires.
Les fonds étaient centralisés chez Andrée Chambon[2] (employée à la coopérative Charasse), les armes stockées chez Gabriel Gilles à Montségur.

 

 

[1]             Pasteur Seignol alias « Franck » ; Notes du discours prononcé par FRANCK (1) à la journée de la Libération de VALRÉAS – Livre : Valréas se souvient – Recueil de témoignages et documents

[2]             Mademoiselle Andrée Chambon née le 22 septembre 1901. Elle servit la Résistance en accueillant les hommes de l'armée secrète des montagnes de la région nyonsaise qui avaient un code convenu pour se faire ouvrir la porte. Elle les restaurait et leur procurait ravitaillement par l'intermédiaire des fournisseurs valréassiens ; bouchers, épiciers, boulangers favorables à la Résistance. Elle était indicatrice des mouvements de la Gestapo favorisant ainsi la fuite de certaines personnes menacées. Enfin et surtout elle avait organisé chez elle une infirmerie où elle hébergeait les résistants malades que le docteur Gluge, Juif et résistant lui-même, visitait journellement. Le 12 juin 1944, désignée comme infirmière, elle est partie avec les résistants. Stoppée avec tous les autres sur la route de Nyons, arrêtée et ramenés au Monument à l'hôtel Thomassin, surveillée par un soldat allemand, l'arme au poing, elle a assisté atterré et impuissante à la fusillade. Au bout d'un certain temps, qu'elle ne peut définir, elle s'est rendu compte que les Allemands étaient partis en l'oubliant volontairement ou involontairement. Elle n'a jamais su. – Livre : Valréas se souvient – Recueil de témoignages et documents

 

Nous avions notre imprimerie clandestine à Valréas .

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