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12 JUIN 1944 - 53 Fusillés à VALREAS

Dans cet amas ensanglanté de résistants et d'otages, cinq corps respirent encore.

11 Octobre 2021, 14:04pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Toile Bernard MERLE Offerte à l'association des Familles de Fusillés

Toile Bernard MERLE Offerte à l'association des Familles de Fusillés

Émile Bouchet se trouve dans les dix derniers. Il est attaché à un grand gars qui s'appelle Jean Veyrenc. Lorsque celui-ci s'écroule, touché en pleine nuque, Bouchet est légèrement déséquilibré, au moment même où le S.S. tire sur lui. La balle le frappe sous l'omoplate droite et ressort à la base du cou, du côté droit, faisant une déchirure de quatorze centimètres, mais ne touchant ni la colonne cervicale, ni la trachée, ni le larynx, ni la carotide.

Joseph Coutton, camarade d’Émile Bouchet, n'a pas été tué par la balle qui lui a traversé la tête, ouvrant un trou béant dans son palais. Gratien Soureillat, commerçant ambulant en bois et charbons, pris comme otage, a été atteint de trois balles, une dans l'épaule, deux dans la poitrine, dont aucune mortelle. Auguste Mary, récupérateur de métaux et de chiffons, otage comme Soureillat, a échappé aux projectiles. Son frère Gabriel, auquel il était lié par le poignet a été tué sur le coup et s'est écroulé, l'entraînant dans sa chute. Auguste Mary a perdu connaissance. Quand on le découvre, sous le cadavre de son frère, il n'a aucune égratignure ! Alfred Buey, imprimeur, a pris une balle dans la cuisse. L'artère fémorale sectionnée, il s'est lentement vidé de son sang. Lorsqu'on s'approche de lui, il respire encore faiblement.

En hâte, avec mille précautions, on transporte les cinq survivants dans un garage appartenant à M. Barthélémy. Mais on s'avise soudain que les Allemands ont dû faire leur compte de leurs victimes. (…) Ils seront remplacés par cinq corps d'otage ou résistants tués en ville ou en campagne.

Dès lors, le compte est de nouveau exact, on peut transporter les survivants à l'hôpital. Ils y reçoivent les soins d'un médecin. Pour Alfred Buey, hélas ! Il est trop tard. Il s'éteint doucement. Mais les quatre autres sont sauvés.

Ordres inhumains – Simplicité des obsèques.

 La Municipalité décida qu'une messe basse serait célébrée sur le parvis de l’Église et que les corps seraient transférés au cimentière, la foule étant admise à faire la haie le long du parcours. A 15h arrivait un ordre impératif émanant des autorités allemandes, invitant M. le Maire à surseoir aux obsèques. Elles auraient lieux le 15 juin à 6h30. Il était absolument interdit à la population et même au Conseil Municipal d'y assister. Seuls y étaient autorisés les membres directs de la famille. Les malheureuses victimes étaient assimilées par les boches à de criminels et bafouées jusqu’après leur mort.

Les cercueils furent transportés sur 7 charrettes plates, sans service d'ordre, accompagnés seulement des familles, du Maire et de ses deux adjoints. Dans la journée, malgré la consigne imposée par l'ennemi, les tombes fraîchement couvertes furent ensevelies sous les fleurs et les jours suivants une foule considérable défilait devant elles.

 

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