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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

01 Jun

Valréas le 12 juin 1944 et le Lieutenant Helmut Demetrio

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #Témoignages

Citadelle de Pont-Saint-Esprit, fin avril ou mai 1944. Autour du sous-lieutenant Demetrio, commandant en second de la 8e compagnie, des légionnaires français.

Citadelle de Pont-Saint-Esprit, fin avril ou mai 1944. Autour du sous-lieutenant Demetrio, commandant en second de la 8e compagnie, des légionnaires français.

Helmut Demetrio, Professeur de musique dans un collège en Allemagne année 1958/1959

Helmut Demetrio, Professeur de musique dans un collège en Allemagne année 1958/1959

Helmut Demetrio (le premier en partant de la droite) Année 1958/1959

Helmut Demetrio (le premier en partant de la droite) Année 1958/1959

Le 13 février 1951, s'ouvre devant le tribunal militaire de Marseille, le procès du massacre de Valréas. Parmi les accusés au nombre desquels figurent Schwinn, Sohn et Henrich, Demetrio est seul à comparaître.

Face à ses juges, l'accusé s'en tient à ses déclarations au cours de l'instruction. Il n'est en rien impliqué dans l'exécution, clame-t-il, avant de revenir sur ses faits et gestes à Valréas le 12 juin 1944. Vers 13 heures explique-t-il, son groupe et lui ont été pris à parti par des maquisards alors qu'ils s'apprêtaient à attaquer. A l'issue d'un bref engagement, ils ont capturé 10 à 12 hommes, qu'ils ont emmenés à Valréas et remis à un officier.

Demetrio s'est rendu à l'hôtel de ville sur ordre du capitaine Träger. « Je me suis installé à la mairie, déclare-t-il, et ai reçu une quinzaine de personnes, certaines pour faire des dénonciations.

D'après Demetrio il a entendu des premiers coups de feu alors qu'il se trouvait à la mairie... , de ce fait il ne se trouvait pas sur le lieu de l'exécution.

Pourtant !

Au début de l'instruction, fin 1949, un témoin capital Gehrard Blanck, ex-chef du PZ.Aufkl.-Abt9, dont l'implication dans l'affaire a été écartée, livre plusieurs témoignages embarrassants pour Demetrio. Blanck avait rejoint sa compagnie, stationnée à environ un kilomètre de là, pourdonner l'ordre de départ et traverser la ville. C'est alors qu'il avait constaté, passant à proximité de la maison Clarice (le Mur des fusillés actuellement), que six à huit hommes gisaient à terre. Le « capitaine et le « lieutenant » étaient sur place (parlant ainsi du Lt Demetrio). Par la suite Blanck est revenu sur sa déposition, ne reconnaissant pas Demetrio lors d'une confrontation devant le Capitaine Cruciani du Tribunal militaire.

Mais un détail vestimentaire signalé par Blanck, mentionnant des feuilles de chêne de la division « Brandebourg » que la manche du « lieutenant » surexcité qui réclamait des représailles ne fait que renforcer les soupçons sur Demetrio, même acquitté par la justice. A noter que cette distinction sur les manches « feuilles de chêne » était porté par d'autres unités allemandes, mais aucune autre formation de cahsseurs à Valréas à l’exception de la « Brandebourg » n'était présente.

 

Lors de cette instruction de ces crimes de guerre perpétrés par la 8e Compagnie « Brandebourg » dans le Sud de la France et concernant Valréas, un témoin capital aurait pu être entendu.

 

Extrait d'une lettre datée du 5 octobre 1950

De Jeanine Talmon écrite de Paris à Émile Bouchet, l'un des quatre rescapés du massacre du 12 juin.1944.

(…) Je tiens pourtant à vous préciser une chose que vous ignorez peut-être, car, au moment où cela se passait, vous étiez, hélas, allongé le long de ce mur d'horreur dont le souvenir ne pourra jamais s'effacer en moi. Après vous avoir fusillés sous mes yeux, j'étais en effet devant l'hôtel où les Allemands avaient établi leur P.C. À ce moment-là, je reçus l'ordre d'un officier allemand de monter à la mairie, prévenir que l'on interdit à la population de descendre en direction du lieu d'exécution. Montant donc vers la place de la mairie, j'ai rencontré l'abbé Gertoux à qui je demandais de descendre et de demander l'autorisation de bénir tous ces pauvres corps torturés.

Redescendant au P.C. allemand, monsieur l'abbé vient à moi, le visage défait, me disant que quelques-uns parmi vous remuaient encore et de faire quelque chose. J'ai alors parcouru la longue file de ces 46 corps allongés et n'ai pu constater la chose. Je suis revenue vers les Allemands et ai entrepris de discuter avec un grand lieutenant qui parlait assez bien le français. J'appris alors, ce que beaucoup de Valréassiens n'ont jamais su, les corps devaient être ramassés sur des camions amenés là exprès par les Allemands, menés en campagne et incinérés. Je ne peux vous dire toutes mes pensées, toutes mes angoisses.

J'ai entrepris alors une lutte d'adresse et de mensonges qui a duré près de deux heures. La chance m'a favorisée, car le lieutenant allemand était un frontalier voisin de Belfort (où j'habitais avant la guerre). Connaissant bien le régiment (188ème d'artillerie) où mon mari était capitaine.

L'histoire est ainsi, de témoignages et d'autres oubliés, de persévérance à rechercher ce que d'autres ont occulté par négligence ou par volonté.

Qui était Helmut Demetrio avant d'être un militaire dans l'armée allemande ?


 

Helmut Demetrio est né en Saxe, en 1911. Diplômé de droit, il enseigne les langues et la musique avant son incorporation. Il parle correctement le français.

Nous le retrouvons après guerre, puisque condamné le 10 avril 1951 par le Tribunal militaire de Bordeaux (pour d'autres faits similaires) à 10 ans de réclusion. Il a sans doute été libéré au plus tard au printemps 1953.

Effectivement en 1958/1959 il est présent dans un collège en tant qu'enseignant, professeur de musique, ainsi que bien attablé avec des amis (photos).

Poursuivant nos recherches sur les événements du 12 juin 1944 à Valréas (Vaucluse), nous avons pu lire dans un livre intitulé : The World of Our Childhood – Memories of World War II - La Guerre de notre enfance - Souvenirs de la seconde guerre mondiale de l'auteur Wolfgang W.E. Samuel, le témoignage de la fille de Demetrio Helmut.

Il apparaît dans son témoignage de 7 pages, un passage contestable au vu des pièces que nous détenons et relatées dans le livre Valréas se souvient page 140 « Helmut Demetrio ».

Dans son témoignage Régina Demetrio raconte que son père a été condamné à mort et disgracié à la prison à vie. Totalement faux.

Afin d'étayer mes recherches, je contacte par mail l'historien Karl Heidinger auquel depuis 2004, j'échange divers renseignements sur cette période du 12 juin 1944.

Sa réponse : pour cette nouvelle. Je n'avais pas eu connaissance de ce livre. Il raconte la vie de 27 enfants pendant et juste après la guerre. Sur Regina Demetrio, fille de Helmut Demetrio, ce que je pouvais lire, me suffit. La famille a vécu à Keimsdorf près de Zwickau et a déménagée en avril 1954 à Karlsruhe. Regina raconte que son père a été condamné à mort et disgracié à la prison à vie, c'est faux. 

Voilà l'importance des recherches et de se soucier à comparaître d'autres recherches, d'autres écrits, d'autres témoignages, afin que l'on puisse apporter une vérité au plus juste et non de se contenter d'une première lecture, qui par les années qui passent soit-elle véridique pour l'auteur, mais bien souvent incomplète. On ne refait pas l'histoire, on la consolide.


 

Sources : Livre Sanglante randonnée – Olivier Pigoreau – Recherches Internet – Correspondances Karl Heidinger (Historien)


 
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