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12 JUIN 1944 - 53 Fusillés à VALREAS

"j'ai fait ce qu'il fallait faire"

16 Mai 2022, 15:30pm

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Juifs réfugiées à Bollène

 

Témoignage de Rose et Édith , adressé à Floriane Lambert, nièce de la famille Devès (voir La lettre des frères Devès ) Oui, nous sommes des survivants de l'Holocauste. Notre histoire est différente. Nous n'avons pas de numéros tatoués sur les bras, comme la plupart des survivants, mais notre histoire est bien conservée dans nos esprits et nos âmes. Nous allons essayer de vous décrire notre vie durant l'Holocauste, mais parce que depuis le temps a passé, nous allons omettre certains détails.

 

Notre famille vient d'une petite ville en Pologne, Krynki, près de Bialystok. Nos parents sont diplômés de l'école secondaire. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, ils ont tout laissé derrière eux et ont couru profondément en Russie, afin d'être loin de la guerre. C'est là que Rose et moi-même sommes nées dans Twer, entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Nous sommes retournées en Pologne en 1921 à Lodz, la deuxième plus grande ville de Pologne. Le père était un industriel, une mère au foyer, à la fois très impliqués dans les organisations civiques et charitables. Tous les deux nous ont assistés et nous sommes diplômées de lycées privés, comme les Juifs n'ont pas été acceptés dans les lycées publics. (…)

 

Nous sommes arrivées a Bollène vers la fin de mois de Juin ou au début de Juillet 1940. Avec nous était la famille Sapir, le père, la mère, leur fille Esther et le fils Lutek. (…) Les soldats polonais nous ont suggérés d'essayer d’aller à Bollène dans le sud de la France dans le Vaucluse, comme l'armée polonaise y était stationnée, et les gens étaient très gentils avec eux. Il y avait deux voitures pour deux familles, deux chauffeurs, mais il était nécessaire qu’une personne parle le français. Nous étions avec la famille Sapir , arrivés sains et saufs à Bollène partageant la maison de la famille française Devès louée à Sapir, des gens très gentils et très serviables. (…) Les gens dans le village de Bollène étaient très sympa, même la police étaient très gentilles. Mais le 26 Août 1942, vers 2h30 du matin, le chien a commencé à aboyer . Les gendarmes avaient une ordonnance rendue par le bureau du gouverneur d'Avignon, de tous nous arrêter pour la déportation. Une copie de cette ordonnance est maintenant exposée au Musée de l'Holocauste l'Illinois et de l'éducation Centre à Skokie. (…)

 

Notre hôtesse, Mme Devès, réalise la situation , elle pousse Rose et Esther dans sa chambre et la ferme à clef la porte. Moi, j'ai eu une opération de l’appendicite dix jours avant et j'avais un certificat du docteur qu'on ne peut pas me bouger ou transporter. Le fils de Sapir 16 ans fut pris. Il s'échappera du camp des Milles et entrera dans la clandestinité jusqu'à la libération. Nous avons quitté Bollène en cachette. Rose et Esther en voiture conduite par monsieur Valabregue , madame Sapir et moi, pour nous diriger à Perpignan , pour ensuite passer par les montagnes en Espagne. Le guide qui a pris l'argent et devait nous accompagner dans le passage vers l'Espagne nous a dénoncé. On nous a mis en prison. Heureusement pour nous, car quand nous étions en prison on a déporté toutes les femmes et les enfants du camp de Rivesaltes. Après on nous a transporté au Camp de Gurs. La vie était terrible dans les camps et on avait toujours peur d’être envoyé en Allemagne ou en Pologne et on avait toujours faim. Au mois d'avril 1943 on a fait courir le bruit d'une possibilité d’être libéré du camp avec l’autorisation du Préfet de Vaucluse à Avignon. Mme Devès est allée voir le Préfet et lui a assuré que nous ne serons pas a la charge de l'État. Rose et moi nous fumes libérées du camp de Gurs , le 13 Avril 1943. Nous sommes retournées a Bollène a la maison Devès , mais nous n'avons pas dormi a la maison parce que les Allemands venaient souvent a Bollène. On passait la nuit chez Paulette, son mari était un prisonnier de guerre. Monsieur Devès a construit une sortie derrière la maison , pour que nous puissions nous échapper dans les bois en cas que les allemands viennent nous chercher.

 

Une chose que je peux dire c'est que la famille Devès prend une grande place dans nos cœurs. Je me rappelle pendant notre visite en 1980 a Bollène on a dit à Monsieur Fernand Devès que nous étions venues pour le remercier encore une fois et sa réponse : "j'ai fait ce qu'il fallait faire" il était très modeste"

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