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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

06 Sep

Elsa Triolet et Louis Aragon poètes résistants.

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Elsa Triolet et Louis Aragon poètes résistants.

Louis Aragon

« trouver des moyens de lutte contre l’occupant par la parole et par l’écrit »

La disparition de leurs amis occupe encore leurs esprits durant l’été 1942. Avant de se rendre en juillet de Nice à Lyon, ils font un détour par Dieulefit, « un pays merveilleux au sens étymologique »

Ce n’est pas la première fois que le couple se rend à Dieulefit. Pierre Seghers (1) les y avait emmenés en 1941. Par la suite, Elsa Triolet (2) et Aragon ont rendu plusieurs fois visite à Pierre Emmanuel ou Andrée Viollis avec qui ils étaient en contact depuis la fin de 1940. L’une de ces visites est attestée par un télégramme adressé à Alain Borne, posté le 19 mars 1942, de Chalon-sur-Saône, où ils vont passer la ligne de démarcation : PASSONS VOUS PRENDRE SAMEDI MIDI AVONS PREVENU VIOLLIS DIEULEFIT AFFECTUEUSEMENT ELSA LOUIS

Cette fois-ci, ils prennent leurs quartiers à la pension de Beauvallon (26). Cette maison accueille aussi bien les adultes que les enfants qui viennent prendre les repas. Le couple Dourson est l’hôte des pensionnaires. On les appelle affectueusement « oncle Emile et tante Jeanne », eux qui n’hésitent pas à porter secours à ceux qui ont vu leurs vies bouleversées depuis l’occupation de la France. Andrée Viollis, une des pensionnaires écrit : « chacun des hôtes de la pension avait son histoire, ses faux papiers, sa tragédie. On connut, entre ces vieux murs, de grandes angoisses et de grandes douleurs. Tout cela, les maîtres de la maison ne l’ignoraient pas mais ils prirent courageusement leurs risques. »

Elsa Triolet et Aragon assistent à la fête de fin d’année le dimanche 5 juillet. Ils dédicacent le livre d’or qui leur est présenté en signant de leurs vrais noms : « En juillet 1942, aux heures les plus sombres de France, merci aux fées de Beauvallon de tranquillement démontrer qu’il n’y a aucune raison de désespérer de l’homme et de ses possibilités infinies, et d’assurer cet avenir qui vaut qu’on meure puisqu’on nous assure que la France vivra. Aragon. » « Heureuse de signer le livre d’or de l’espoir. Elsa Triolet. »

Alors qu’Aragon file vers le Ciel, cette maison perdue au-dessus de Dieulefit qu’ils louent

quatre-vingt francs par mois depuis 1941, Elsa reste chez Hélène Guenne-Cingria à la Chartreuse de Villeneuve où elle termine le manuscrit du Cheval Blanc, « pratiquement assise sur le poêle ». Elsa séjourne dans une cellule où « tout n’était que pierre froide, mûrs, voûtes, passages, escaliers, tout n’était que pierres croulantes. Les siècles vous venaient dessus en éboulis splendides, le présent était là, dans les cours intérieures avec des gosses gitans crasseux, des chiens et des chats errants, et la beauté intarissable, inépuisable de ces lieux auxquels va ma préférence depuis que le hasard m’y a conduite. »

Elsa retrouve bientôt Pierre Seghers à Valréas, alors que celui s’est réfugié chez ses amis Dô, pharmaciens de leur état. L’accueil est chaleureux, elle mange du foie gras, boit du vin, et se couche dans une chambre « chauffée à blanc ». Debout avant l’aube, ils prennent un autobus qui les conduit à Dieulefit. De là ils se dirigent vers le Ciel, tout en craignant à chaque pas d’être reconnus. Dans un paysage glacé et gelé, Pierre joue une fois de plus le rôle de porteur avec des bagages trois fois trop lourds pour lui. Au sommet de la côte, ils découvrent une « maison-ruine, au carrefour de trois communes, si bien qu’on ne savait pas au juste à laquelle des trois elle appartenait. C’était comme si elle n’existait pas ». Pierre Seghers commente : « Un vrai décor pour Wuthering Heights, Les Hauts de Hurlevent ! »

Aragon les attend dans la « planque », résidence enfouie « dans la neige de l’hiver 1942 ». Cette maison est décrite dans les premières lignes de la nouvelle Les Amants d’Avignon, « avec sa beauté et ses rats ». « C’était une ferme abandonnée, et dans ces parages où même les fermes habitées semblent appartenir à l’âge de pierre, une ferme abandonnée prend aussitôt l’aspect d’un repaire de brigands […] Toute la nuit, les rats ont mené un train d’enfer. On aurait dit qu’ils prenaient la maison d’assaut, et pourtant ils étaient bel et bien à l’intérieur. Des objets tombaient, roulaient, se cognaient aux murs, il y avait de folles galopades et des grignotages, là, tout près… » Ils ne sont pas seuls au Ciel. Ils partagent cette maison avec un couple aux abois. Le mari, Jean Bauer est un communiste allemand, tandis que sa femme a vu son premier mari être fusillé par les allemands.Quelques jours plus tard, Elsa se rend à Lyon pour récupérer de faux papiers obtenus par l’intermédiaire de Pascal Pia. Orphelin de guerre, ce journaliste et critique littéraire a travaillé à La Nouvelle Revue française mais aussi au journal Ce soir. Après sa démobilisation, il dirige la rédaction de Paris-soir, qui continue à être publié depuis Lyon jusqu’en novembre 1942. Il devient ensuite le rédacteur en chef du journal résistant Combat

Source : http://www.sciencespotoulouse.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=3863

(1) Pierre Seghers (1906-1987) a passé sa vie au service de la poésie, en qualité d’auteur, de traducteur et d’éditeur.
Il entre en résistance en 1940 et participe à différentes publications clandestines. En 1939, il crée la revue P.C. 39 pour ces Poètes casqués – quand le poète se fait soldat –, qui devient l’année suivante Poésie 40, dans laquelle il publie aussi des poètes de la Résistance.

http://www.cndp.fr/poetes-en-resistance/poetes/pierre-seghers.html

(2) Elsa Triolet, née Ella Kagan, est une femme de lettres et résistante française d'origine russe née le 12 septembre 1896 à Moscou, décédée le 16 juin 1970 à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Elle est également connue sous le pseudonyme de Laurent Daniel.

De son vrai nom Ella Kagan (puis Triolet de son premier mari, nom qu'elle gardera toute sa vie), elle est fille de Elena Youlevna Berman (pianiste de grand talent, sans être musicienne professionnelle) et de l'avocat juif Youri Alexandrovitch Kagan qui s'était spécialisé dans des contrats d'artistes et d'écrivains

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