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12 JUIN 1944 - 53 Fusillés à VALREAS

Une citation qui ne passe pas à Valréas

8 Novembre 2022, 11:40am

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS

Une citation qui ne passe pas à Valréas

Le 19 août 1945, Charles Borello élu maire après la démission de Jules Niel, décide de faire arranger entièrement le lieu de supplice des otages du 12 juin 1944, c’est-à-dire qu’il soit respecté par tous, par un trottoir avec 2 plaques commémoratives ainsi que de donner suite au projet d’une concession à perpétuité soit réservée aux victimes de la barbarie allemande. Les familles réunies en mairie approuvent le principe : la réunion des corps de nos martyrs dans un même carré au cimetière qui permettra de pérenniser leur sacrifice dans le souvenir de la population. Du reste, depuis la Libération, les deux Conseils successifs qui l’ont précédé ont eu la même pensée. C’est donc un point de vue unanime qui rallie toute la population.

Le 11 novembre 1948, des familles de Fusillés ayant sollicité une concession trentenaire pour qu’y soit inhumé le corps de leur victime, il serait nécessaire, par délibération de février 1947, approuvée le même mois, faisant droit à une concession perpétuelle gratuite, de prévoir le remboursement aux familles des sommes payées à tort en 1944 .

Par décision du 11 novembre 1948, M. le ministre des Forces Armées avait cité à l’ordre de la Brigade, avec attribution de la Croix de Guerre avec Etoile de bronze la commune de Valréas :

Citation : «  Ville martyre qui a subi avec courage des représailles sanglantes, Centre important de la Résistance, sa population s’est généreusement dépensée sans faiblir malgré 52 otages fusillés. Sa combativité est le sûr garant de son attachement à la Patrie à la Liberté. Causant des pertes à l’ennemi, capturant du matériel, sa petite troupe mobilisé procède à sa propre libération, poursuivant l’ennemi en déroute. »

Le Conseil municipal n’avait pas cru devoir accepter le texte de cette citation et avait chargé le Maire de rédiger un rapport qui fut adressé le 8 mars 1949 à M ; Le Préfet de Vaucluse et au Général commandant la IXème  Région Militaire de Marseille. Aux termes de ce rapport, le Conseil municipal de Valréas, qui persiste à revendiquer cette décoration, mais qui entend laisser la prospérité le témoignage d’un évènement historique non déformé, demande que la citation ainsi qu’il suit :

 « Ville martyre qui a subi avec courage des représailles sanglantes. Centre important de la Résistance, sa population s’est généreusement dépensée sans faiblir malgré les 53 otages fusillés. La combativité de ses habitants, son courage et son sacrifice sont le sûr garant de son attachement à  la Patrie et à la Liberté. »

A la suite de ce rapport, le colonel CUSENIER, commandant le subdivision militaire de Marseille, s’est rendu à la mairie de Valréas, le 5 septembre 1949. Il a été reçu par le Maire et ses adjoints. A la suite de sa visite, il a élaboré un projet de citation conçu comme suit :

« Ville martyre qui a subi avec courage des représailles sanglantes. Centre important de la Résistance, sa population s’est généreusement dépensée et 27 de ses fils prisonniers au combat ont été fusillés avec 26 otages civils. La lutte inégale menée contre l’envahisseur est le sûr garant de l’attachement de cette cité à la Patrie et à la Liberté.

« Causant des pertes à l’ennemi, le harcelant  sans cesse, capturant du matériel, sa  troupe participe aux combats de la Libération et poursuit l’ennemi en déroute. »

Le Maire invite le Conseil à se prononcer sur cette nouvelle proposition de citation. Le Conseil, vu ce qui est exposé plus haut, délibère de refuser cette nouvelle proposition de citation, comme il a refusé la première citation comme étant contraire à ce qui s’est passé effectivement pour la libération de Valréas. Il maintient le texte de citation proposée le 8 mars 1949.  Toutefois si l’Administration supérieure estime que le Conseil municipal n’est pas qualifié pour apprécier à leur juste valeur des faits de guerre, le Conseil demande pour la ville de Valréas pour le martyrologue de 53 de ses enfants fusillés le 12 juin 1944 par des troupes d’occupation, une décoration qui soit à la grandeur de leur sacrifice.

Valréas ne reçut pas cette décoration. (1)

 

Voilà l’importance du devoir de mémoire, sans que celle-ci soit détournée de son contexte historique. Dans ce texte ci-dessus, nous pouvons comprendre le refus du Maire et de son Conseil des deux propositions de citation pour la ville de Valréas, au vu de : Causant des pertes à l’ennemi, capturant du matériel, sa petite troupe mobilisé procède à sa propre libération, poursuivant l’ennemi en déroute. »

Si tel est le  cas cité dans cette phrase, la ville de Valréas aurait subi malheureusement une réaction encore plus violentes et plus sanglantes de la part de l’ennemi. Comment accepter l’inacceptable ?  

Une citation à l’ordre est une récompense militaire française donnée pour mettre en valeur un acte remarquable, généralement pour le courage ou l'énergie dont a fait preuve le récompensé au combat.

Une citation qui sort du fond d’un tiroir en 1993 ( ?) Thierry Mariani maire de Valréas de 1989 à 2005 – Par cette initiative, il va à l’encontre de l’ancien maire Charles Borello , père de Charles Borello, fusillé le 12 juin 1944, et des familles de fusillés.

Ce n’est que depuis 1993 qu’il est exposé dans la galerie d’honneur de la mairie, il est vrai dans sa version du 11 novembre 1948.

Ors à Valréas, ce 12 juin 1944, de l’occupation éphémère, il n’y eut de combat intensif, si ce n’est que le groupe d’Emile BOUCHET et Lucien GENOT , fut encerclé et fait prisonnier où Raymond CARRIERE fut tué et Lucien GENOT blessé. (voir livre du 12 juin 1944 – 53 fusillés) après un court combat.

Témoignage des rescapés de la fusillade, Emile Bouchet et Joseph Coutton : Au moment où nous allons traverser la route d’Orange, nous tombons sur une colonne allemande (des chars, des véhicules à chenilles, des camions), qui se dirige vers Valréas. Nous décidons de traverser la route avec détermination afin de surprendre les Allemands par cette rapide traversée. Ils nous tirent dessus avec des armes automatiques. Nous pouvons nous replier vers le quartier des Sablières où d’autres salves nous obligent à nous arrêter et où nous ouvrons nous-mêmes le feu. Il nous semble évident que nous sommes pris en tenaille. Lucien Génot s’éloigne en reconnaissance. Les tirs se rapprochent et se font plus précis. Raymond Carrière qui protège le flanc droit de notre position, est touché mortellement. Notre mitrailleuse s’enraye ; avec Raoul Barthélémy, le tireur, nous essayons d’y remédier. A cet instant les Allemands nous encerclent, ils étaient plus près que nous l’avions supposé. Toute résistance est désormais impossible.

En conclusion, malgré notre dévouement à perdurer la mémoire de nos martyrs, d’autres et encore aujourd’hui détournent le contexte.

Un « combat » qui dure depuis 79 ans !

  1.  Valréas est inscrite dans la liste des villes titulaire de la Croix de guerre 39/45 Source : Catégorie:Ville titulaire de la croix de guerre 1939-1945 — Wikipédia (wikipedia.org)
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