Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

26 Apr

La Maisonnette « postale »

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #Histoire

Suite et qui sait sans fin !

Rien de plus étrange, une maisonnette ou cabanon aux bords d'une vigne ou à l'intérieur, si ce n'est qu'un cabanon pendant la période des événements de la dernière guerre a pu servir à autre chose que d'entasser des outils et matériaux pour la vigne ou un coin de repos après l'effort. Ils sont nombreux dans la région, comme le sont les vignobles. On en connaît pour certains l'usage, lors de l'occupation de la résistance, dans ces divers lieux du Vaucluse et de la Drôme. Sans pour autant arrêter son usage premier, ce qui n'enlèverait pas le doute de voir du monde autour ; il semblerait que des caches d'armes en ont fait le principal lieu d'attraction pour les maquisards. L'un est connu au vu du livre du 12 juin 1944 – 53 fusillés à Valréas :

« Le 7 juin, vers 13 heures, Marius GRAS me fait appeler et me demande de venir le voir à la tombée de la nuit, au cabanon situé route de Taulignan, accompagné de volontaires. Je lui demande combien il en désire, il me répond : « autant que tu voudras ». Je contacte les responsables des groupes et, le soir, comme convenu, je retrouve Marius Gras, avec une vingtaine de camarades (…) Avant la tombée de la nuit arrive un camion d'armes, convoyé par Jean Guitton ... »

Extrait du témoignage d'André Monnier - Livre « 12 juin 1944 53 fusillés à Valréas. »

D'autres le sont moins ou n'ont pas retenu l'attention pour que l'on en parle dans un livre. Et pourtant ce sont bien les écrits qui restent et qui font notre histoire. Ne serait-ce que des graffitis inscrits de la main d'une personne en colère, d'une opposition contre un certain régime que l'on voudrait nous imposer, d'une clameur venant outre-Manche. Rien n'est plus vivant que l'écrit, encore faut-il s'arrêter dessus et chercher à comprendre le sens, à identifier l'auteur.

Et voilà l'histoire de l'un de ces cabanons ou maisonnettes, comme bon vous semble.

En 2009, contacté par Christian Brun demeurant sur la route de Taulignan, fervent coureur à pied et curieux de nature. Sa curiosité, l'entraîne à pousser la porte entrebâillée d’un de ces cabanons ; je laisse la parole à Christian qui mieux que moi raconte sa découverte et les raisons pour lesquelles il m’a contacté.

« L’une de mes passions me conduit régulièrement au travers de ce que l’on doit appeler la campagne Valréassienne. Bien que mes entraînements soient variés, le final se fait toujours en passant près d’une maisonnette. Elle est à deux kilomètres de mon habitation le dos à ras du Rieu sec, protégée du Mistral par de très gros chênes. J’arrive par l’Est. Une lucarne triangulaire taillée dans la pierre lui donne un air coquet. Dessous, sur la pierre centrale du linteau d’un grand portail carré, l’année 1887 révèle son âge. Le toit en tuiles de Marseille témoigne d’un entretien d’après guerre. L’enduit est usé. Là où il manque, on peut voir que le mur est fait de briques. A ma droite, côté Sud, l’entrée. Jambages et linteau sont sobres, reliés harmonieusement par un liseré. La porte est dans son jus, elle confirme l’idée d’abandon. Jours après jours, mois, années et saisons après saisons, inlassablement, je passe devant. L’image est toujours la même. Arrive un jour où mon regard est attiré par le fait que la porte est légèrement décollée de l’encadrement. Le vent du sud probablement. Personne ne l’ayant refermée, l’ouverture grandit, ma curiosité aussi.

Maintenant je peux m'y faufiler.

Une minuscule pièce aux murs de plâtre, au plafond comme on n'en fait plus. Sur sa largeur, face à l’entrée, une cheminée de petite facture (genre fenière). A droite, par une ouverture, on accède à la remise. Directement sous le toit. Un enduit rustique, un râtelier sur le mur Nord. Au milieu une belle jardinière. Un tonneau décerclé et quelques bouteilles sont entreposées sur le plafond de la pièce d’à côté. Hormis une brouette en bois bien mal en point et des cannes pouvant servir de repère pour les manquants, il n’y a rien d’autre. La sensation que le temps s’est arrêté est confirmé par une observation des plâtres qui ont servis d’écritoire, des dates de 1920 à 1944 y sont figées avec pêle-mêle, des patronymes, des noms de lieu, des déclarations. Je décide d’enquêter pour cette conclusion non définitive :

Construite en 1887, la maisonnette appartenait à «  Mr et Mme GUITTON  ». A deux petits kilomètres de leur domaine des Treilles, route de Montbrison, il s’agissait d’un abri aussi bien pour les hommes, les bêtes et le matériel. Cette vocation agricole confirmée par l’addition concernant l’avoine récoltée à Bois vieux (lieu dit vers Saint-Pantaléon). Attestés par l’application à signaler leur origine drômoise il me semble que la plupart des noms, sans monsieur et madame, sont ceux de saisonniers. Même si il n’y a pas d’âge en amour, les cœurs laissent à penser que ce beau monde était juvénile.

Ensuite, tout aussi intéressant au beau milieu de tous ce Pierre Chastan qui grave tout un programme «vive la quille, vive de GAULLE, à bas PÉTAIN, LAVAL au poteau». Et puis les dessi­nateurs du libérateur sont-ils des ouvriers, des patriotes, des résistants ou bien les trois mon général ? Et ce Nicolas de Fribourg, Allemand à contre sens ?

Du coup, avec la seule intention d’informer un descendant j’en parle à Patrice et à Gilbert puisque j’ai identifié sans nul doute leurs aïeuls. Ensuite j’en ai parlé au hasard à Pierre, Paul, mais pas à Jacques, il ne le mérite pas. Et pour ce qui est des années quarante et des interrogations qui demeurent, c’est forcément à Michel que je les confie sans retenue. Avec le résultat que l’on sait, ça fait plaisir.

 

Une des gravures - Photographie Christian Brun

« Si demain le temps nous le permets, d'autres documents et témoignages classés à ce jour dans les archives historiques et familiales feront surface, pour que le passé reste toujours présent afin de préserver notre avenir. » Michel Reboul

Commenter cet article

Archives

À propos

Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci