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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

06 Jan

Raymonde d'Isernia fait chevalier de l'Ordre National du Mérite.

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #Distinction honorifique

Raymonde d'Isernia en présence du président François Hollande, lors de la remise des médailles des Justes parmi les Nations à Montségur-sur-Lauzon (Drôme) Photographie : Michel Reboul

Raymonde d'Isernia en présence du président François Hollande, lors de la remise des médailles des Justes parmi les Nations à Montségur-sur-Lauzon (Drôme) Photographie : Michel Reboul

Madame Raymonde D’Isernia, Présidente départementale de l’association des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes, (ADIRP), membre du Conseil départemental des anciens combattants et victimes de guerre et la mémoire de la nation, a été nommée chevalier de l’Ordre National du Mérite1 par décret du 1er janvier 2021.

 

Une reconnaissance légitime, pour Raymonde d'Isernia qui a malheureusement vécu les événements tragique du 12 juin 1944 à Valréas.

Elle fût sous les tirs des Allemands, elle avait 11 ans.

Notre association, dont elle a été présidente, se félicite de cette distinction méritée, pour son engagement à perdurer le souvenir tragique de cette période de la seconde Guerre Mondiale.

 

Témoignage de Raymonde d'Isernia.

 

Raymonde d’Isernia est la fille de Louis d’Isernia qui fut fusillé contre le mur. Elle témoigne :

Je suis née en 1933 à Valréas. Mon père, Louis d’Isernia, avait fondé une entreprise de cartonnage avec une imprimerie dans la rue du Berteuil. Mon frère Jean, mon aîné de 10 ans, et ma mère y travaillaient.

Mon père, engagé volontaire pendant la guerre de 1914-1918, était effondré par la capitulation de 1940 et l’occupation de la France par l’armée allemande.

En 1942 mon frère dut accomplir son service du travail à Sapey près de Grenoble. Au début de 1943 il fut appelé au STO. Il refusa de partir et se cacha un certain temps avant d’entrer en contact avec la Résistance.

La Résistance se forma peu à peu. Mon père entra en contact avec le Pasteur Seignol et Amédée Téna et y participa au second plan. Bientôt il imprima des tracts de nuit, des permis de conduire et d’autres papiers de circulation pour l’organisation régionale.

Le 12 juin 1944 vers 12h, la sirène retentit. Nous allons à la cantine rejoindre notre père. En nous apercevant, il nous dit : « Vous tombez mal car nous attendons l’ordre de repli » ; il nous laisse aller manger et l’attente se prolonge.

L’ordre de repli est enfin donné vers 13h. Nous montons dans la cabine d’un camion que conduit Pierre Bouchet. Mon père reste en arrière et fait des va-et-vient entre les véhicules. La colonne s’ébranle en direction de Nyons. Nous devons très vite faire demi-tour, un motocycliste nous ayant avertis que les Allemands sont déjà là-bas. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de Paul Mège et qu’il était blessé.

J’ignore combien de temps s’est écoulé avant que la fusillade commence. Pierre Bouchet était descendu du camion, ma mère et moi-même restions dans la cabine, tremblantes de peur. Pierre Bouchet revint et nous dit de descendre et de nous mettre à l’abri. Je courus dans le fossé, pliée en deux, et m’étalai soudain de tout mon long ; ma mère qui me suivait, se jeta sur moi pour me protéger.

Le bruit de la fusillade était insupportable, l’air était à peine respirable ; je pensai que nous allions mourir.

Soudain une phrase en allemand nous fit redresser la tête ; un soldat allemand nous toucha du bout de son pistolet-mitrailleur et nous ordonna de nous lever. Nous n’avions pas le choix ! Nous dûmes prendre la direction de Valréas jusqu’à une fosse où il y avait des prisonniers, dont mon père.

Nous y passâmes des heures sous un beau soleil, avant d’être conduits à Valréas, au Portalon, devant l’immeuble de l’entreprise Autajon. En haut de Tivoli un mort était étendu par terre. (J’appris plus tard qu’il s’agissait de Julien Salard).

Il y avait des Allemands partout, ils étaient assis sur des camions, ils mangeaient et ils riaient et ils faisaient des photos.

Peu de temps après nous vîmes arriver un groupe de jeunes Résistants attachés les uns aux autres. Les uns portaient une arme attachée au cou, les autres leurs chaussures. Je ne les connaissais pas tous mais je me souviens avoir vu René Hueber.

Un officier allemand avec de nombreuses décorations s’approcha du groupe, il parlait avec violence en faisant des gestes menaçants que je compris tout de suite. Je dis à ma mère : « Ils vont tuer ces jeunes qu’ils ont fait prisonniers les armes à la main, je ne veux pas voir ça ». Je pensais que ceux qui avaient été pris sans arme, seraient épargnés (mon père avait réussi à se débarrasser de son revolver).

Les Allemands donnèrent l’ordre aux prisonniers, parmi lesquels mon père, d’aller en direction du Monument aux Morts. Mon père se tourna vers nous et nous fit signe de la main, de ne pas les suivre. Nous laissâmes passer la colonne mais un soldat allemand qui fermait la marche, nous signifia de suivre.

A la hauteur de la Société Marseillaise il y avait des officiers allemands auxquels ma mère s’adressa : « Ma fille est fatiguée, elle voudrait bien se reposer un instant ». A notre grande surprise, un des officiers répondit dans un français parfait et nous rassura concernant notre père prisonnier : « On les conduit à la gendarmerie pour vérifier leurs papiers, attendez ici ».

Nous nous assîmes sur un banc et attendîmes ; nous commençâmes lentement à retrouver notre calme.

Des coups de feu retentirent soudain et nous comprîmes aussitôt que les Allemands fusillaient les Résistants que nous avions vu arriver. D’autres coups de feu retentirent très vite, nombreux et de façon presque ininterrompue. C’était horrible !

Nous nous rapprochâmes du Café Gachet. A l’entrée, une femme parlait avec un homme qui arrivait à l’instant du Monument aux Morts. Il était ébranlé et dit : « Ils les ont tous tués ! ». C’est ainsi que j’appris la mort de mon père.

En racontant cela, je voulais compléter mes précédentes déclarations. Bien que 57 ans se soient écoulés depuis cette tragédie, cela m’a été extrêmement pénible d’en parler.

Juin 2001 – Raymonde d’Isernia

1L'ordre national du Mérite est le second ordre national visant à honorer des citoyens français, après la Légion d'honneur. Il récompense les mérites distingués acquis soit dans une fonction publique, civile ou militaire, soit dans l'exercice d'une activité privée.

 

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