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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

03 Sep

Libération de Valréas discours du Pasteur SEIGNOL alias FRANCK

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #DOCUMENTS

Document Association des familles de Fusillés - Valréas

Document Association des familles de Fusillés - Valréas

Notes du Discours prononcé par FRANCK à la journée de la Libération de VALRÉAS

le 17 Septembre 1944

 

Affligés bien-aimés, camarades de la Résistance,Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs

En quel siècle, vivons-nous? Quel siècle que le nôtre! Siècle du progrès, de la Science, de la Lumière. Hier les Philosophies nous apprenaient que nous marchions vers l'âge d'or. Mais alors que le machinisme faisait un bon en avant nous enregistrions une régression d'autant plus grande et douloureusement tragique, sur le plan moral. Nous restions insensibles quand le sang coulait en Chine. Quand la guerre fratricide ravageait l'Espagne. Notre embourgeoisement, oh! Dérision nous rendait insouciants du danger qui menaçait l'Europe. Le fou mystique Hitler nous apparaissait sous les traits d'un vulgaire peintre et non comme l’Antéchrist.

La bête apocalyptique!

Et la France se réjouissait d'une Munich, d'une Munich qui ouvrait les avenues du désastre et qui consacrait la démission de la France. D'une partie de la France. De la plus grande partie. Mais! La conscience française en quelques-uns surgit du chaos et là pour la première fois fut manifesté l'Esprit de résistance.

Ceux qui restaient fidèles à la parole donnée.

Ils virent d'un cœur navré la guerre en dentelle. Mais la dé­bâcle de 40 leur donna un cœur d'airain et contre toute espérance, ils crurent. Les autres se moquaient de tout, sauf de leur quiétude, après avoir vendu leur conscience, se livrèrent aux Boches et de­vinrent plus exécrables qu'eux.

Et l'on vit cette vague de fascisme. Ce totalitarisme, cet avi­lissement de l'homme qui en fit du bétail humain; alors... que les autres, gardant leur dignité d'Hommes, conserveraient la notion des vraies valeurs: respect de la personnalité humaine, liberté de conscience.

Un cercle d'hommes en réunissait quelques-uns à Valréas.

Ils choisirent une devise:

Il vaut mieux mourir que d'être esclave.

La liberté vaut mieux que la vie.

Ils se connurent, ils s'aimèrent et cette équipe unique, unie par le ciment qui résiste au temps de la haine, d'une seule pensée se donna sa doctrine, un programme d'action, ils ne discutaient pas. Ils n'en avaient pas besoin, car l'entente régnait. Ils agissaient. Ils ne tenaient pas eux, les promesses des autres, mais les leurs.

Ils s'occupaient des départs via l'Angleterre.

Des Juifs (jeunes gens, jeunes filles, enfants) de la résistance, et vous saurez un jour ce qu'ils ont fait. Leur joie et leurs dangers, la vie clandestine, leurs souffrances, leurs martyrs, leur victoire, un livre sera écrit.

Mais tout cela, pour si beau que ce soit ne serait rien s'il n’y avait une suite. On ne vit pas du passé. C'est pour avoir vécu des gloires de 89 que notre génération a connu la misère et la misère morale d'abord.

Il faut aller de l'avant. Les épreuves qui dépouillent et puri­fient, les expériences qui enrichissent, doivent être notre armure pour combattre sans cesse et toujours ; pour aller vers le mieux, le plus grand, le plus beau. Pour tendre vers le bien, pour faire le bien: pour servir dans le désintéressement l'intérêt général.

La libération pour nous n'a jamais été une fin en soi, mais la première étape vers une Régénération., une rédemption de la France, qui lui rendra son rayonnement spirituel et moral, sa mis­sion éternelle et sa seule raison d'être de ce monde. Et dans ce do­maine, nous commençons, nous commençons aujourd'hui seule­ment. Notre œuvre en est à son début et elle a déjà ses ennemis.

Vous vous êtes battus hier contre l'Allemand, le S.S., la Gestapo et un ennemi plus ignoble, le traite milicien: le sans Patrie qui, pour quelques billets de mille, avait vendu son âme et la France.

Demain! Que dis-je, aujourd'hui déjà, vous vous battez contre les profiteurs qui veulent continuer à profiter. Ils ont profité du Teuton. Ils veulent exploiter la Résistance. Il y en a ici Messieurs. Il y en a devant moi qui m’écoutent. Ils sont là les vautours qui guettent nos cadavres, ces rapaces dont la patrie s'appelle le profit , ces bourgeois pourris, ces capitalistes véreux.

Ils n'osent encore essayer de nous imposer leur volonté, mais ils le feront dans quelques semaines. Il va y avoir une vague de critiques acerbes contre les Résistants et leur esprit perfide comme un serpent, essayera de lancer son venin sur l'esprit de Ré­sistance pour l'étouffer. Et bientôt ouvertement ils agiront, ils es­sayeront de nous perdre. Les prisonniers, les anciens combattants leur seront à charge. Notre présence accusatrice révélera leurs crimes et pour apaiser leur remord, ils ne donneront pas de cesse, jusqu'à ce qu'ils nous aient fait disparaître.

Mais c'est nous qui vaincrons, et nous voulons vous vaincre en vous aimant, car l'amour est plus fort que la mort même.

Ce sont nos morts qui vous parlent, c'est la voix de leur sang qui résonne et résonnera sans cesse à vos oreilles et dans votre conscience.

Et que vous dit-elle la voix de nos martyrs...? Elle vous dit: La France, un jour, par une ligne de démarcation fut géographique­ment divisée en deux. Aujourd'hui, elle est divisée plus que jamais. Entre vous et nous il y a du sang qui nous sépare, du sang que vous avez versé en favorisant l'ennemi par le marché noir, en collabo­rant avec lui, en vous faisant les exécuteurs de ses plus basses be­sognes.

Et bien cet abîme qui nous sépare, nous seuls pouvons le combler dans la mesure où c'est possible.

Nous avons supprimé ceux qui ont perdu le droit de vivre...il en reste encore malheureusement.

Nous faisons arrêter ceux qui le méritent, avec ceux-là, certes, il n'y a plus d'abîme, mais avec vous il reste... comment y remédier...?

Comment vous rendre un peu de votre dignité d'hommes, comment vous permettre de relever la tête et nous donner la possi­bilité de vous tendre la main, et ici à Valréas, recréer cette unité nécessaire.

Voilà ce qu'il faut à notre cité. Voilà, notre œuvre première.

Nous voulons travailler pour vous, pour votre bien, dans votre intérêt bien compris, celui qui compte avec la conscience. Et pour atteindre ce but.

Nous voulons moralement vous courber, vous rendre attentifs au drame humain d'aujourd'hui, qui vous reste étranger parce que votre conscience est cautérisée. Á ce contraste humain latent en tous certes, mais tenu en échec chez certains, diaboliquement développé chez d'autres.

Nous placerons sans cesse devant vous la vision de nos croix et de la croix qui seule est révélatrice et Libère.

Et cela doit vous amener à la notion du sacrifice rédempteur.

Nous vous demandons aujourd'hui de sacrifier un peu, bien peu en donnant une partie de votre argent, car il n'est pas à vous, même s'il était acquis honnêtement. Même si vous l'aviez hérité, il n'y a rien de si injuste que la fortune et depuis le premier siècle la sagesse dit; « faites vous des amis avec les fortunes injustes ». Toutes les richesses sont injustes. Qu'ont ils fait les pauvres pour naître sans le sous.

Mort au capitalisme, plus qu’Hitler fauteur de guerre, ce sont vos gros sous qui ont lancé, favorisé le peintre fol.

Apprenez cette leçon, l'occasion unique aujourd'hui vous est offerte. Vous qui auriez dû payer de votre vie la part lourde de responsabilité qui vous incombe, vous qui n'avez pas de part dans cette responsabilité, mais être fortunés, vous donnerez non de su­perflu, mais de votre nécessaire. Et c'est dans la mesure où vous le ferez librement, spontanément, que vous pourrez un peu vous réha­biliter, redevenir des hommes, avoir un droit de reprendre digne­ment votre place dans la communauté française.

Nous attendons de vous 10 millions et ne me parlez pas de sacrifice. Votre dépouillement même sera néant à côté du sang qui fut versé. C'est lui et lui seul que je vois et que j'entends et non vos jérémiades d'avares hypocrites.

Qu'il me soit permis de placer une anecdote. Alors qu'une femme de Valréas se préparait à rentrer chez elle, on lui disait, « vous ne retrouverez plus rien, quatre murs seulement ». Il y a trois jours en franchissant le seuil de sa cuisine, joyeuse, elle s'écria: « Mais ils m'ont laissé ma bouillotte ». (C’est tout ce qui lui restait). Voilà jusqu’où les mères de nos résistants avaient poussé l'esprit de Sacrifice.

Quand vous aurez compris cela, alors vous pourrez venir avec nous vous pencher sur la mère qui pleure, sur la femme écrasée, sur l'enfant sans soutien. Venez avec nous rebâtir sur les ruines, loger, meubler les sans-abri.

Venez et alors je vous parlerai un autre langage.

Alors quand vous aurez retrouvé un cœur de chair, avec mes frères, nous vous considérerons comme des amis.

C'est un double programme que nous poursuivons. Soulager la misère. Vous réhabiliter , et si ma voix est dure, c'est une voix d'amour qui pour vous cependant retentit.

Venez avec nous préparer le retour et trouver des emplois dignes aux F.F.I.mobilisés qui reviendront.

Ensemble, préparons le retour de nos chers prisonniers en prenant soin de leurs familles, en leur trouvant les conditions de travail qu'ils ont méritées, et des places dans la direction des affaires publiques qui s'enrichiront de leurs expériences.

Valréas peut panser avec ses ressources, ses plaies et celles des environs.

Dès aujourd'hui; recréons l'unité.

Soulageons la misère.

Préparons de grands, de beaux lendemains.

La permanence du Service Social sera ouverte dès mardi, Route d'Orange, où nous vous attendons.

Et qu'il nous soit permis ici de rendre un hommage public aux amis nombreux, commerçants, industriels, fonctionnaires, aux gendarmes en particulier, et à notre sympathique adjudant, aux cultivateurs, à tous les hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles qui nous ont permis de réaliser de grandes choses.

C'est vous qui avez tout donné pour des centaines d'hommes pendant des mois. C'est vous qui avez fourni votre temps, votre argent, au péril de votre vie, car nous n'avons rien reçu de l'extérieur.

Vous n'avez pas profité vous, mais vous êtes riches du bon­heur que donne le témoignage d'une bonne conscience. Merci, Amis très chers. Merci!

Et vous les jeunes de nos camps.

Vous qui portiez le nom de Franc.

Soyez des Francs, des Français sincères, loyaux, véridiques, et n'oubliez pas votre devise : « Le plus grand parmi vous c'est celui qui sert ». C'est sur vous que nous comptons pour aller de l'avant.

Chers affligés, l'exemple que nous donnent vos morts est le rocher sur lequel nous voulons bâtir une France meilleure, digne de leur mémoire.

Comment une telle semence ne donnerait-elle pas une moisson glorieuse qui sera votre réconfort en voyant que leur martyr n'a pas été vain.

L'un des trois vétérans qui a été à notre tête, aujourd'hui, Dieu sait où en Allemagne, venait un jour emprunter 50.000 francs à sa sœur.

- Comment, lui dit-elle, tu n'as plus d'argent ? Tu as tout dé­pensé pour tes jeunes !

- Oui, dit-il, mais ce n'est pas pour eux que je te demande cette somme, c'est pour un ami très cher qui en a besoin et me remboursera dans quinze jours.

Ensemble, ils allèrent à la banque et quand il eut l'argent dans sa poche, prenant la main de sa sœur il lui dit :

- C'est pour mes jeunes.

Le lendemain sa sœur l'invitait à dîner. En rentrant il lui dit en plaisantant :

- Tu m'as appelé pour te faire un reçu de 50.000 francs ?

- Comment peux-tu penser cela Louis lui répondit-elle !

- Ce serait plus prudent ajouta t-il. Ce soir ils peuvent m'arrêter, me tuer...

À 21 heures la Gestapo l'emmenait avec sa femme.

Que de traits émouvants nous pourrions dire, nous voulions seulement être digne de ces trois aînés et suivre l'exemple de Louis Gras, Marius, Prudent.

 

Note : “ À 21 heures la Gestapo l'emmenait avec sa femme.”  

Louis Gras déporté à Mauthausen, mort à Hartkheim en octobre 1944

Berthe Gras déportée à Ravensbrück décédée en août 1944

 

    1. Pasteur Seignol alias « Franck »

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