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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

26 Jul

Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) dans le Vaucluse.

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #DOCUMENTS

Archives Département du Vaucluse

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Archives Département du Vaucluse

Archives Département du Vaucluse

Le Service du travail Obligatoire a été institué le 16 février 1943 pour répondre aux besoins pressants de main-d’œuvre exprimés par l'industrie de guerre allemande.

 

La présence allemande et italienne dans le département du Vaucluse est doublement manifeste. Elle se caractérise d'abord par une présente,ce militaire importante et nettement perceptible au point que les vauclusiens réalisent alors que la France est un pays vaincu...depuis le 20 juin 1940.

L'installation de contingents allemands dans le Vaucluse n'intervient que cinq jours après le franchissement de la ligne de démarcation par la Wehrmacht. Orange et Carpentras sont investis par l'armée allemande le 16 novembre 1942 ; Bollène les 17 et 18 ; Apt et pertuis le 21. Le 24 novembre, des unités italiennes pénètrent à leur tour dans le département et rejoignent les troupes allemandes cantonnées à Orange. Le 27 novembre un nouveau et fort contingent de soldats italiens s'installe à Orange et à Carpentras, tandis que Bollène accueille des renforts allemands.

 

« ...Il y avait à côté de chez nous à Valréas un petit état-major Français ; après l'armistice en 1940 sont arrivés des militaires Italiens venus désarmer cet état-major ; tous les gens du quartier étaient là, humiliés en silence. J'avais 17 ans, j'ai sifflé et injurié ces militaires étrangers, le Capitaine Français est venu me faire taire, mon père m'a fait rentrer à la maison, là, la rage au cœur, j'ai pleuré...

En février 1943, un décret de Vichy institut un service du travail obligatoire de deux ans en Allemagne nazie.

Le 12 mars vers 10 heures, les gendarmes m'apportent une convocation ; je dois me présenter le lendemain 13 à 9 heures à la caserne d'Avignon pour une visite médicale en vue du S.T.O.

Je suis consterné, je cherche des échappatoires, je pense me laisser tomber une grosse masse sur le pied pour me faire réformer. Dans l'après-midi, je rencontre un ami, Pierre Diage qui me conseille d'aller voir le Docteur Quet qui, éventuellement pourrait me faire opérer de l'appendice ; le Docteur m'explique qu'il ne peut me prescrire une telle opération car il a déjà fait pour d'autres, il doit arrêter pour ne pas attirer l'attention.

Il me propose un truc , à savoir, avant la visite, faire un maximum de tours dans la cour de la caserne, en courant, « tu te présentes au médecin en disant que tu es fatigué, que tu as de la fièvre, si tue es réformé, tu reviens me voir ».

Je suis les consignes de mon médecin, malheureusement, lorsque je me présente au docteur, j'ai du attendre plus d'une demi-heure dans le couloir et la fièvre avait disparue, j'étais on pour le service ; Impossible de sortir de la caserne, ce jour-là, je me suis juré de retourner chez moi par n'importe quel moyen.

Vers minuit, on nous emmène dans des camions vers la gare où on nous embarque dans un train direction l'Allemagne, un arrêt à Dijon, on nous annonce que l'on va nous conduire dans une caserne où nous sera servi un repas et où nous passerons la nuit.

Avec trois camarades de Valréas, on réussi à s'éclipser, nous, nous passons une partie de la soirée en ville et décidons d'aller coucher dans des wagons sur les voies de garage ; mon intention était de prendre le lendemain un train pour le retour, malheureusement le matin, les wagons étaient gardés et on nous a reconduit à notre train de non retour...

 

Le 4 mai 1943, on nous a embarqué dans des camions gardés par des militaires armés en direction d'un camp. C'était le camp de la mort du Strutof Natzviller !...

 

Mémoires de Jean Gontier de 1940 à 1945 – J'ai pleuré trois fois

 

 

 

Une jeunesse face à un dilemme

 

Recensés, convoqués, les jeunes des classes 1940,1941 et 1942 s'apprêtent à effectuer deux années de labeur en Allemagne dans le cadre du Service du Travail Obligatoire.

Certes, si une poignée d'entre eux s'est portée volontaire au travail outre-Rhin, c'est contrainte et forcée que l'écrasante majorité a dû se plier au S.T.O. Non sans avoir essayé, pour beaucoup, de s'y soustraire.

Liste de demande de carte de réfractaire - Valréas

Le témoignage de Jean Gontier confirme la ténacité de ces jeunes à s'y soustraire et ce jusqu'à une mort proche qui les attendait dans les camps de concentration.

Bien d'autres ont pu avoir leur salue grâce à la propagande de la Résistance, les insistant à prendre le maquis

Il était impossible pour Vichy et inacceptable pour Berlin que les jeunes gens des classes 1940 à 1942 puissent massivement se soustraire au S.T.O. Par le bias de dispositions légales. L'entrée en clandestinité devient alors le seul moyen efficace , quoique plus risqué, d'échapper au travail forcé outre-Rhin. Mais de tous ceux qui ont choisi cette voie, une infime minorité accepte de la suivre jusqu'au bout en s'engageant du côté de la Résistance.

 

Le choix de la Résistance

 

La désobéissance au S.T.O., dans son principe, n'était que la contestation d'une loi perçue comme tout à fait intolérable, c'est à dire le refus d'une décision du pouvoir de l'occupant ; ce n'était pas toujours une contestation de ce pouvoir. Or le propre de la résistance est de s'attaquer au pouvoir même de l'occupant et des forces collaboratrices, en remettant en cause la prétendue légitimité de sa présence, ses symboles, sa propagande et ses moyens de répression.

Jacques Sémelin « Qu'est-ce que résister ? »

 

Il est désormais admis par l'historiographie que seule une minorité de réfractaires se firent combattants dans la maquis.

H. Roderick Kedward « S.T.O., et maquis « , dans J-P Azéma et F. Bédarida – La France des années noires, de l'Occupation à la Libération.

A travers l'étude de 100 dossiers de réfractaires ont obtient pour le Vaucluse les résultats suivants :

Réfractariat et Maquis

Réfractaires déclarant avoir fréquenté un maquis : 18

Réfractaires ne déclarant pas avoir fréquenté le maquis : 82

 

Réfractariat et Résistance

Réfractaires ayant justifié d'une attestation d'appartenance à un mouvement de la Résistance : 27

Réfractaires dépourvus d'attestation d'appartenance à un mouvement de Résistance : 73

 

Deux remarques viennent aussitôt à l'esprit.

 

Tout d'abord, il est surprenant de noter que plus de 8 réfractaires sur 10 n'ont pas eu recours à l'aide d'un maquis pour se cacher. Ce chiffre, proche de celui constaté dans le Rhône, témoigne à la fois de l'importance des relations ainsi que de l'aide apportée par les paysans qui ont permis aux réfractaires d'échapper au S.T.O..

 

À Valréas, nous avons un cas parmi d'autres certainement, du jeune Édouard Roger Constant, réfractaire du S.T.O.

 

(…) Comment Raoul Mandrin a t-il retrouvé la trace d’Édouard Constant ? Pour avoir travaillé à la ferme Roussilac à Visan, se trouvant au lieu-dit les Bravets à 3 kms des Barbes, Raoul Mandrin effectuant à l'occasion les moissons aux Barbes située sur la commune de Visan propriété actuelle de la famille Barnouin. Cette dernière contactée connaissait Édouard Constant en 1943/1944 ... C'est son père qui l'avait accompagné en novembre 1943 au moment du ramassage des betteraves, il était de la classe 22, réfractaire au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire)

 

8 juin 1944, occupation de Valréas par la Résistance.

Henri Ancellin (fusillé le 12 juin 1944 à Valréas), réparateur ambulant dans les fermes, signale l'occupation de Valréas, lors de son passage aux Barbes. Au vu de ces dires Edouard Constant, dans les jours suivants rejoint le groupe de résistants posté route de Baume (voir livre du 12 juin 1944 – 53 fusillés à Valréas), inconnu lors de la fusillade du 12 juin 1944, il sera identifié officiellement le 26 juin 1945.

 

Deuxième remarque : 27% des réfractaires disposent d'une attestation d'appartenance à un mouvement de Résistance. Autrement dit, il n'est pas nécessaire d'appartenir à un maquis pour être résistant. Inversement, les maquisards n'ont pas tous été des résistants.

Il convient d'exploiter les chiffres ci-dessus avec prudence. D'une part, il serait intéressant de confronter les dossiers de réfractaires se déclarant résistant avec le carton d'archives relatif à l'attribution de la médaille de la Résistance. Une telle opération permettrait d'apprécier avec plus de précision le degré d'implication dans la Résistance des réfractaires au S.T.O.

 

Partant de là, les réfractaires ou non au Service du Travail Obligatoire auront quoique l'on eu dit selon leurs engagements respectifs. Qu'ils aient accompli volontairement, subi avec contrainte ou refusé en se cachant dans les maquis ou chez les paysans, ils ont tous été victimes d'un engagement qu'il leur a été imposé par une collaboration au service de l'occupant.

 

 

 

Sources : Le S.T.O. En Vaucluse – Une jeunesse déchirée – Yannick Rodrigues – Etudes Comtadines

Valréas se souvient – Michel Reboul – Association Familles de Fusillés

12 juin 1944 – 53 fusillés à Valréas – Association Familles de Fusillés

Listes des combattants volontaires de la Résistance 

http://12-juin-1944valreas.over-blog.com/2016/01/cvr-ou-combattant-volontaire-de-la-resistance.html

 

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