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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

19 Jun

Récit du 12 juin 1944 par Charles Borello, maire de Valréas

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #Cérémonie d'hommages

12 juin 1945 - Premier anniversaire de la fusillade - Document Photographique Association familles de Fusillés

12 juin 1945 - Premier anniversaire de la fusillade - Document Photographique Association familles de Fusillés

Récit du 12 juin 1944 par Charles Borello, maire de Valréas du 4 juillet 1945 au 14 mais 1953, père de fusillé. Récit déposé le 19 août 1947 aux Archives du département de Vaucluse (cote A.2.II.d)

Le lundi 8 juin 1944, le maquis occupe la ville de Valréas, laisse le Conseil Municipal en activité sous son contrôle. Monsieur Marius Gras est le chef du Comité d'occupation, et, sous ses ordres fait procédé à l'arrestation d'un nombre important de soi-disant collaborateurs. Quelques arrestations seulement ont été maintenues, celle de Le Guillou, secrétaire général de la Mairie, et de Marc Jules, employé de banque à la Marseillaise, ami de Sarry. Des personnes arrêtées le matin étaient armées par la résistance le soir. Il y eu même des exécutions ; d'un nommé Matton des environs de Pierrelatte qui fut exécuté par les dénommés Belfort et Salard Julien, ce dernier fut par la suite abattu par les allemands pendant la journée du 12 juin.

L'isolement de la ville fut accompli au début de l'occupation par le Maquis, fils téléphoniques coupés, ponts sautés à la mine, on ignorait tout de l'extérieur sauf les nouvelles données par T.S.F. et celles surtout données par le Comité dont Marius Gras avait pris la tête.

Les troupes allemandes n'ignorèrent pas cet état de rébellion, des avions vinrent survoler la ville en reconnaissance, attaquèrent même les postes qui avaient été formés aux entrées de la ville, le dimanche 11 juin, veille de la tragique journée, plusieurs avions de reconnaissance allemands survolèrent la cité et le lundi 12 juin, milice et troupes Allemandes, vers midi cernèrent Valréas. Déjà, vers 10 heures ils étaient à Taulignan où ils firent de nombreuses victimes, mais les moyens de renseignements étant enlevés, on ne put savoir, et ce n'est que lorsqu'ils furent à proximité que les dirigeants chefs de la résistance Valréassienne prirent la fuite vers le quartier St Pierre, laissant non seulement la population à son triste sort, mais aussi les quelques jeunes du maquis se défendre avec des mitraillettes contre des chenillettes et chars d'assaut avec lesquels les Allemands avaient amené leurs troupes pour exercer la répression.

Ils envahirent la ville, la campagne, faisant feu,incendiant et abattant « les terroristes » qui voulaient s'enfuir et s'emparant d'autres personnes comme otages, auparavant à leur entrée en ville ils avaient rassemblée au Monument aux Morts de 1914, une nombreuse population menaçant de les abattre si le Maire désigné par Pétain n'était pas là dans 10 minutes et fort heureusement Monsieur Niel Jules, maire dépossédé de ses fonctions par les occupants au nom du maquis, ne s'étant pas éloigné fut aussitôt, sans cela quelle tuerie aurait eu lieu ?

Vers 16 heures toute la ville ayant été visitée et jugeant sans doute le nombre d'otages suffisant, les allemands firent rassembler toute la population place de l'Hôtel de Ville autour du kiosque où le chef de l'expédition tint un discours des plus sanguinaires. Monsieur Niel exhorta la population au calme et lui demanda de garder tout son sang froid, d'être en un mot Valréassien et l'on crut que la répression était terminée et que la population grâce à son sang froid et celui de son Maire était sauvée. Il n'en était rien hélas, les prisonniers qui avaient été faits, qui étaient rassemblés au Portalon, en face l'immeuble Autajon avaient été pendant le rassemblement conduits et alignés, les mains au dessus de la tête, devant le Mur, avenue d'Orange.

Le Maire, Jules Niel, essaya par tous les moyens d'éviter cette tuerie, proposant même sa vie pour sauver tous ces innocents, rien n'y fît... Il reçut même l'assurance que la ville se sortait à bon compte de cette escapade du maquis puisque le chef de la répression avait reçu l'ordre que Valréas devait être rasé et toute la population massacrée... Et, la tuerie commença... L'un après l'autre les prisonniers du maquis, les otages tombèrent abattus, assassinés, victimes du sadisme d'une race et de l'ambition de quelques français, et, pendant cette horrible tuerie, les grands fautifs de cette tragédie étaient comme il est dit plus haut à St Pierre... Les corps abattus furent piétinés pour se rendre compte de leur mort, comptés, avec interdiction absolue d'y toucher jusqu'au lendemain 6 heures. Cette cruelle consigne ne fut pas respectée, 5 des fusillés n'étaient pas morts : Bouchet, Coutton, Mary, Soureillat, Buey, ce dernier ne survit pas à ses blessures. Ils furent enlevés du charnier et remplacés par ceux abattus dans la campagne et le nombre fût respecté.

Le lendemain 13 juin, dés 6 heures du matin, les corps des martyrs furent transportés dans la Chapelle des Pénitents Blancs, transformée en chapelle ardente, ce fut là que se fît la mise en bière et que les familles vinrent reconnaître les leurs, la plupart méconnaissables, l'acharnement à détruire avait sévi avec toute sa cruauté.

Le surlendemain, 14 juin, la municipalité qui avait repris ses fonctions décida qu’une messe basse serait dites sur le parvis de l’Église paroissiale et qu'ensuite les corps seraient transportés au cimetière. A 15 heures, un ordre allemand ordonnait que l'enterrement aurait lieu le 15 juin à 6 heures 30 ; il était interdit à la population et même au Conseil Municipal d'y assister, seuls étaient autorisés les parents directs des victimes.

Dans la journée, la population Valréassienne et environnante leur rendit un hommage qu'elle aurait voulu à la grandeur de leur sacrifice.

Le premier anniversaire de cette tragédie, le 12 juin 1945 (lendemain des élections municipales) un cortège seul est lieu sans discours, où la population Valréassienne et environnante tint à venir en foule se pencher sur le désastre de l'année précédente, aucun discours ne fut prononcé, la politique commence seule à parler l'année suivante , juin 1946. Le Conseil municipal élu par les élections d'avril 1945 subit un changement par suite de la démission du maire, forcée par des (attentats) successifs. La commémoration de cette date fatale fut marquée par l'inauguration d'une plaque apposée dans la salle des pas perdus de l'Hôtel de Ville, faisant pendant à celle des victimes de la Guerre 1914-18, portant les noms des malheureux martyrs du 12 juin 1944 ainsi que les noms des victimes Valréassiennes de la Guerre 1939 – 1945. Un discours du Maire fut prononcé, ainsi qu'un discours de Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture, Monsieur Cluchier, représentant monsieur le Préfet Stephanini, appelé à d'autres fonctions.

Toutefois, avant de mettre un point final à cet exposé, fait de toute véracité, il me plaît de signaler que pendant l'occupation de Valréas par le Maquis et surtout au moment difficile du 12 juin, un homme, par son sang froid et son abnégation a sauvé beaucoup de fuyards sur la route de Nyons. Je veux parler de Paul Mège, qui fuyant à motocyclette, tomba vers Novesan sur les allemands qui venaient pour encercler le pays, et qui, blessé dangereusement à la main, eut le courage de faire demi tour pour avertir les cars qui fuyaient vers Nyons et sauver ainsi tous ceux qui y étaient.

Récit de Monsieur BORELLO Charles, Maire - Père de Fusillé.

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