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Ce blog a pour objet de perdurer les événements de la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas Vaucluse, où 53 personnes dont 27 résistants et 26 otages ont été fusillés. Mis en ligne par l'association cantonale des familles de fusillés, déportés, internés, résistants, patriotes et amis (AFFDIRPA) affiliée à l'association nationale des familles de fusillés (ANFFMRFA) - Tous les articles peuvent être "copié/collé", sans oublier de mettre la source. Merci

15 Jun

Quand l'histoire nous tient à cœur, devons-nous persister à comprendre le passé ?

Publié par 12 JUIN 1944 VALREAS  - Catégories :  #Cérémonie d'hommages

Quand l'histoire nous tient à cœur, devons-nous persister à comprendre le passé ?

Hier, le silence était de rigueur dans bien des familles sur les diverses tragédies, que ce soit pour la première ou la seconde guerre mondiale, les enfants bien souvent ignoraient ce que vécurent leurs aïeuls.

Une génération a voulu comprendre et surtout savoir, cette troisième génération, que ce soient les petits-enfants, les neveux et nièces, de toutes ces personnes meurtries dans un laps de leur vie.

Devions-nous poursuivre malgré tout les recherches entreprises de ces faits de guerres auxquelles bien souvent des ombres perfides, dissimulaient certaines vérités ?

Sur les vérités, de tous ces bourreaux qui n'ont eu de cesse de drainer le sang dans le paysage d'une France mutilée.

Nous voulons savoir et surtout comprendre les raisons que tous ces tortionnaires ont pu obtenir pour continuer une vie paisible, sans inquiétude, sans remords, sans pardon !

À Valréas, ce 12 juin 1944 fût une tragédie épouvantable pour nombre de familles, 53 fusillés. Qui était le vrai responsable de cette tuerie ?

Des officiers présents, capitaine, lieutenant ont tous plus ou moins été disculpés, alors que cette troupe « de la 8ème Compagnie Brandebourg », de sa sanglante randonnée dans le Sud de la France a laissé derrière elle tant de malheurs, tant d'ignominie....de massacres !

De nos recherches, 74 ans plus tard, nous voulons toujours comprendre cet oubli de ceux qui dans un espace de leur vie ont été démoniaques.

Le Lieutenant Demetrio Helmut, jugé par le Tribunal Militaire de Marseille pour les faits de Valréas le 12 juin 1944...........Helmut Demetrio, lieutenant de la 8ème compagnie (étrangère) du 3ème régiment de la Division Brandenburg, se trouva le 13 et 14 février 1951 devant la justice militaire à Marseille à cause de sa participation à l’attaque de Valréas. Le chef d’accusation était : « Arrestation illégale, séquestrations arbitraires, assassinats ». Le procureur réclama la peine capitale. Le tribunal constata que 53 patriotes français furent assassinés avec préméditation à Valréas le 12 juin 1944 par des militaires allemands. Des actes de barbarie n’ont pas été commis pour l’exécution de ces crimes. Le lieutenant Demetrio n’est pas coupable de ces crimes. Le tribunal par 4 voix contre 3 a déclaré Demetrio non coupable de la mort des 13 résistants tués lors de la bataille du barrage routier direction Baume ou lors de l’exécution. Ainsi Demetrio fut relaxé avec une légère majorité des voix. La ville et la population de Valréas réclamèrent vainement une révision de cette relaxe. Dans un procès suivant le 10 avril 1951 à Bordeaux, Demetrio fut condamné à 10 ans d’emprisonnement pour ses méthodes d’interrogation qu’il avait employées dans le bordelais en octobre et novembre 1943. Il ne fit que 9 ans d’emprisonnement.

D'échanges de recherches, et de recherches en recherches, la vie paisible d'un tel homme, comme Demetrio Helmut nous fait comprendre que sa vie après tant d'atrocités, ne l'a de loin traumatisé. Il est né en Saxe, en 1911. Diplômé de droit, il enseigne les langues et la musique avant son incorporation. Il parle correctement le français.

C'est delà , que l'on peut s'interroger d'un témoin capital qui aurait pu être entendu devant la justice militaire à Marseille ; Madame Jeanine Talmon, infirmière en Chef de la Croix-Rouge présente lors de la fusillade à Valréas : « La journée du 12 juin 1944 – Témoignage de Mme Jeanine Talmon, Infirmière de la Croix Rouge Internationale (témoignage dans le livre du 12 juin 1944 -53 fusillés à Valréas)

 Extrait : (…) monsieur Bourba et Monsieur Rivière, adjoints au maire viennent alors me chercher, me demandant, de la part de monsieur Niel, de prendre contact avec les autorités allemandes en tant que seul représentante de la Croix Rouge Internationale. J'accède à cette demande et me fais accompagner par une de mes infirmières, Mireille Montabaranom.

Les officiers allemands sont assis à la terrasse du Grand Hôtel : commandant, capitaine, lieutenant. Ce dernier sert d'interprète, parlant français à la perfection. Je suis invitée à présenter les documents qui attestent de mon appartenance à la Croix Rouge et à fournir la liste de la section de Valréas. »

 (…) « Je suis revenue vers les Allemands et ai entrepris de discuter avec un grand lieutenant qui parlait assez bien le français. J'appris alors, ce que beaucoup de Valréassiens n'ont jamais su, les corps devaient être ramassés sur des camions amenés là exprès par les Allemands, menés en campagne etincinérés. Je ne peux vous dire toutes mes pensées, toutes mes angoisses.

J'ai entrepris alors une lutte d'adresse et de mensonges qui a duré près de deux heures. La chance m'a favorisée, car le lieutenant allemand était un frontalier voisin de Belfort (où j'habitais avant la guerre). Connaissant bien le régiment (188ème d'artillerie) où mon mari était capitaine. »

 En 2018, nos recherches aboutissent sur deux photographies que nous découvrons sur Internet. Nous pouvons constater sur la première, Demetrio professeur de musique, avec un accordéon dans les mains, photo du collège de 1958/1959 (14 ans plus tard des événements de 1944) et nous pouvons lire : « Les enseignants qui ont façonné nos journées scolaires et façonné notre personnalité à un jeune âge »

La seconde photographie montre 5 personnes attablées autour d'une table remplie de bouteilles de bière, dont Demetrio Helmut (festival sportif 1963)

Loin d'une traque d'un homme qui n'est plus (décédé en septembre 2000), qu'avait-il d'autre que nous ne sachions, si ce ne sont ces exactions « Brandebourgeoises » ?

Un jumelage ! Ce jumelage qui avait fait couler bien d'encre à Valréas au vu de son refus par les anciens combattants, résistants, rescapés et familles de fusillés du 12 juin 1944. Un pacte d'amitié, oui ; un jumelage, non ! Ne devions- nous pas à l'époque (1993) nous poser des questions sur une certaine population qui pouvait avoir l'âge de nos morts, de nos survivants et être qui sait des tortionnaires de cette guerre immonde ? Et s'ils n'avaient pas eu tords il y a 25 ans.

Dernière découverte, et pas des moindres . Nous apprenons que la ville où était domicilié Demetrio Helmut dans les années 80, était jumelée depuis mars 1982 avec une ville Française, mais le pire c'est que Demetrio faisait parti du Conseil d'Administration de la ville allemande !!!!

Voilà, celui qui a t'en parcouru les routes de France, ensanglantées, sans gêne, sans remords puisque nous apprenons également que Demetrio a toujours été muet à son domicile sur sa participation de ses actions de guerre en France. Sa fille apprenant « ses exploits » lors de la parution (2004) en Allemagne du livre « Widerstand gegen die Wehrmacht » sur la tragédie du 12 juin 1944 à Valréas de Karl Heidinger et par la suite de la lecture du journal personnel de son père. (nous aimerions bien le lire)

C'est là que l'on s'aperçoit que ce soit du côté des victimes ou du côté des tortionnaires, le silence était de mise, pour les premiers éviter de partager les peines, pour les seconds effacer leurs ignominies..

On ne vit pas de notre passé, on veut seulement comprendre ce passé !

Michel Reboul

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